Un crime contre l'espèce humaine ?
publié le 1 août 2004 à 17:04 - par Cyril Fievet
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Philippe Descamps, philosophe et journaliste scientifique, se propose dans cet essai de commenter et d'analyser en détail les implications de la loi relative à la bioéthique, adoptée au Sénat en janvier 2003. Cette loi, notamment, fait du clonage reproductif humain un "crime contre l'espèce humaine".
Bien que parfois un peu verbeux, ce livre frappe par sa pertinence. Par delà les idées reçues, l'auteur montre avec force (et finesse) combien la loi sous sa forme actuelle est absurde, et même dangereuse. S'appuyant sur de multiples documents et textes, étudiés en profondeur, il relève page après page les incongruités de la loi bioéthique, et montre aussi comment le législateur s'est laissé abuser par une moralité bien-pensante, voire une idéologie "théocratique", au détriment de toute considération scientifique.
Morceaux choisis :
"En quoi le fait que tous les êtres humains aient jusqu'ici été engendrés par la fusion de deux gamètes, mâle et femelle, devrait fournir, d'une part, l'assise d'une définition de l'être humain, et devrait entraîner, d'autre part, l'interdiction d'envisager un mode de procréation alternatif ?"
"La reduction de l'individu à son seul code génétique accrédite finalement l'idée selon laquelle, pour être une personne, il faut posséder un code génétique inédit."
"La naïvité avec laquelle la notion de gène a été comprise et adoptée par le grand public explique en grande partie les assertions péremptoires et fantasmagoriques concernant ses implications pour l'anthropologie et le droit."
"L'actuel projet de loi se fait ainsi le promoteur d'une idéologie génétique. A tel point que l'on peut se demander dans quelle mesure il ne tombe pas sous le coup d'une possible accusation d'endoctrinement collectif".
"En faisant du clonage reproductif un 'crime contre l'espèce humaine', non seulement le législateur a rendu opaques les raisons soit de l'assomption, soit de l'interdiction de cette révolution avant tout anthropologique que pourrait constituer la possibilité du clonage humain, mais il confie de plus à la loi et à l'Etat la charge de veiller sur l'espèce et sur les modalités de la reproduction humaine. Il faut se rendre à l'évidence, le débat rationnel et raisonnable sur le clonage reproductif n'a pas encore été initié ou bien, plus radicalement, il a avorté."
Intelligent et essentiel.
Un crime contre l'espèce humaine ? - Enfants clonés, enfants damnés
Philippe Descamps
Les empêcheurs de tourner en rond - février 2004
