Livres et gratuité

publié le 4 octobre 2004 à 10:41 - par Cyril Fievet
dans divers

Loïc a initié un bon débat sur la question de la gratuité des livres, et de leur diffusion au format électronique sur Internet.

Sur le fond, je pense que tout le monde aimerait bien que le schéma décrit par Loïc - les ouvrages sont diffusés librement sur le Web, en complément de la version papier - devienne réalité. Mais c'est plus compliqué que ça. Produire un livre coûte cher, et il est difficile (voire impossible) pour l'éditeur de mesurer le risque qu'il prend en jouant "double jeu", c'est-à-dire en diffusant gratuitement sur le Net de façon simultanée à la diffusion de l'objet physique.

Je pense que l'effet n'est pas forcément négatif sur les ventes (donc pour l'éditeur), mais rien ne prouve qu'il soit positif (et surtout qu'il le reste si la pratique se généralisait).

Ceci dit, en tant qu'auteur et blogueur, je préfère de beaucoup que les deux aspects soient séparés, c'est-à-dire avoir d'un côté un livre-objet (qui laisse une "trace" tangible) et de l'autre une écriture au fil de l'eau, modifiable, interactive, etc. Ce sont deux modes d'écriture distincts, deux "outils" différents et, probablement encore longtemps, deux modes de distribution/consommation. Du reste, un livre au format papier demeure plus "universel", et plus facilement accessible - aujourd'hui en tout cas - à tous les lecteurs potentiels.

Par ailleurs, il me semble que ce débat mélange souvent plusieurs aspects bien distincts. Un livre traditionnel peut être vendu sur Internet (au format électronique ou papier), et on peut avoir des livres 100% électroniques (éventuellement imprimables à la demande par le lecteur), vendus ou en accès libre. Il n'y a donc pas réellement de lien entre le format (papier/électronique) et le prix (payant, gratuit, OpenSource, etc.). L'exemple (extrême mais bien réel) est celui de la presse : il existe des journaux gratuits aux formats électronique et papier, et des journaux payants, sur Internet et dans la rue. Quel est le modèle gagnant ? Ca me semble difficile à dire. Des journaux gratuits et papier semblent bien marcher et même devenir rentables. A l'inverse, quelques éditeurs sur le Net parviennent à tirer leur épingle du jeu avec des sites en accès payant à forte valeur ajoutée. C'est un débat ancien, et beaucoup de modèles restent à explorer et à valider. Mais il n'y a pas de règle en la matière je crois.

Pour ce qui est du livre prolongé par un site Web (démarche Smart Mobs - l'ouvrage papier n'étant ni gratuit ni publié en ligne), c'est une bonne chose, et c'est que nous avons choisi de faire avec Blog Story.


Réactions à ce billet :

Effectivement pourquoi toujours associer Internet, numérique et gratuité voire piratage? La gratuité est souvent l'indication temporaire d'une quête d'un business model intelligent. Le piratage est le signal fort et ultime que les consommateurs émettent à propos de leur mécontentement. Il s'agit souvent d'un moment où la technologie bouscule un secteur (voir les écrits lumineux d'Andy Grove d'Intel sur le sujet) qui au lieu d'épouser ce point d'inflexion, campe sur ses positions et souhaite voir ses clients faire de même. Ce que je ne comprends pas en revanche c'est pourquoi les auteurs de livres signent aujourd'hui des contrats d'auteur sans s'assurer de la façon dont l'éditeur compte monétiser les droits qu'ils leur concèdent. Pourquoi céder un droit si l'on n'a aucune garantie quant à son exploitation. Combien d'auteurs aujourd'hui s'interrogent-ils sur la cession ou non de leurs droits électroniques?

par Eric Briys le 4 octobre 2004 à 12:31


D'accord sur le fond, mais les auteurs n'ont pas toujours le choix...

par cyril le 4 octobre 2004 à 13:46


C'est souvent ce que les auteurs croient surtout s'il s'agit de leur premier livre (et de "l'ivresse" qui accompagne une première publication). Si le livre est de qualité (c'est-à-dire qu'il mtive l'éditeur), tout est négociable. Et, dans tous les cas, la négociation de ce portefeuille de droits divers et variés que l'auteur concède à l'éditeur totalement ou partiellement ne peut que bonifier la relation avec l'éditeur en clarifiant les droits et devoirs de chacun! On négocie bien avec son banquier le droit de remboursement anticipé. Pourquoi devrait-il en être autrement pour tout autre contrat?

par Eric Briys le 4 octobre 2004 à 14:19


Je crois que beaucoup d'auteurs s'interrogent, sans savoir dans quel sens aller. Les éditeurs ne sont pas plus clairs : ils ont tous fait apparaitre des clauses sur les droits électroniques dans leurs contrats, mais ne les appliquent pas car ne proposent la plupart du temps aucune forme électronique à leurs publications. La réalité est plus triviale en fait comme tu le sais certainement très bien Eric.
Les auteurs cèdent leurs droits électroniques d'autant plus facilement, que pas plus que les autres, ils ne savent comment ceux-ci seront exploités. Beaucoup préfèrent se battre sur l'à-valoir ou sur le montant des droits... Un auteur qui ergotte sur tout a vite fait de se retrouver qualifié comme chiant et à moins d'être un auteur à succès, de voir ses prochains livres susciter beaucoup moins d'enthousiasme.

En fait, la discussion sur la version électronique doit intervenir plus tard. C'est une négociation pour l'instant bien souvent "hors contrat". Les auteurs qui s'en préoccupent ou qui ont des opportunités ou des envies de publier sous format électroniques sont encore rares. La plupart du temps, c'est une question de rapport personnel, de conviction, de discussion...

Mais, si un éditeur n'exploite pas les droits d'un livre pendant 5 ans (et ce quelque soit la forme), si je ne me trompe, les droits reviennent à l'auteur qui peut à nouveau en faire ce qu'il en veut. Cinq ans, c'est beaucoup pour certains essais, mais pour d'autres formes de littératures, le temps n'a pas de prises. :))

par Hubert le 14 octobre 2004 à 10:18



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