Amazon fait son cinéma

publié le 11 novembre 2004 à 19:56 - par Cyril Fievet
dans divers

Il y a quelques jours, Amazon (en version US) a démarré une initiative pour le moins étonnante : la diffusion de courts-métrages originaux.

La démarche, "Amazon Theater", est surprenante, venant d'une entreprise positionnée depuis l'origine comme un simple distributeur, via une vaste boutique en ligne. Non seulement les court-métrages (des fictions dramatiques) sont produits et diffusés en exclusivité sur Amazon, mais ils sont aussi dirigés par des réalisateurs reconnus, travaillant sous contrat pour la maison de production de Ridley Scott, RSA. Parmi eux se trouvent par exemple Tony Scott (le frère de Ridley) qui, sans être un cador de Hollywood, n'en a pas moins produit quelques poids lourds du box-office, comme "Top Gun" ou plus récemment "Enemy of the State" et "Man on Fire". Amazon semble donc entrer dans une logique nouvelle, et même s'il ne s'agit pour l'instant que de courts-métrages, vouloir devenir davantage qu'une simple boutique.

Pourtant, à y regarder de plus près, la démarche n'est pas si éloignée que ça de la mission première de boutique en ligne. En fait, la page sur laquelle le court-métrage est présentée permet de visionner le film gratuitement. Mais elle permet aussi de consulter une longue liste des produits qui apparaissent dans le film, et qu'on peut bien sûr acheter en quelques clics. Le court-métrage intitulé "Portrait" propose ainsi d'acheter la jupe, les chaussures ou le téléphone mobile de l'héroïne, sans parler d'une impressionnante liste de produits de beauté qu'elle est censée utiliser...

Tout cela est donc troublant. D'un côté, on peut se féliciter de l'apparition d'une nouvelle forme de création artistique, inédite pour un acteur majeur d'Internet. De l'autre, il faut bien admettre que tout cela constitue avant tout une nouvelle forme de marketing, sophistiquée mais pas forcément plaisante. La démarche rejoint - ou plutôt poursuit - la logique de "placement d'image", très utilisée au cinéma (notamment par Apple, ou notamment dans la série "James Bond"), selon laquelle un annonceur paie pour que ses produits figurent en bonne place dans certaines scènes du film.

Mais à partir du moment où les films, même s'il s'agit d'oeuvres bien réelles, ne sont que des prétextes à commercialiser des produits, cela me semble devenir (beaucoup) plus gênant.


Réactions à ce billet :

Si Amazon le fait, n'importe qui peut le faire !
http://www.sebastien-bailly.com/index.php?2004/11/12/45-un-modele-economique-pour-lauto-edition-en-ligne#tb

par Sébastien Bailly le 12 novembre 2004 à 16:57