Tatouage publicitaire

publié le 16 novembre 2004 à 14:29 - par Cyril Fievet
dans société

Isabelle relève avec justesse cette récente - et troublante - initiative : une entreprise recherche des volontaires pour se faire tatouer sur le corps des logos et autres messages publicitaires.

L'entreprise, TatAD, explique que le procédé constitue une nouvelle forme de marketing (ça c'est sûr) conduisant à un modèle économique non moins innovant : pour la première fois, des gens seront payés pour être tatoués.

La démarche va probablement faire couler pas mal d'encre (bon, bon, mauvais jeu de mot...) et fournir pas mal d'arguments aux détracteurs habituels de la publicité et du marketing.

Cc Tattoo

Pourtant, ce principe de payer des individus - ou de louer leur peau, si l'on veut - pour faire la promotion d'une entreprise ou d'un produit amène pas mal d'interrogations intéressantes, me semble-t-il :

. Le procédé paraît de prime abord choquant. Certains y verront même sans doute une nouvelle forme de prostitution. Mais n'est-ce pas déjà le cas avec bon nombre de publicités traditionnelles ? Lorsqu'un top model ou une star du foot sont utilisés pour faire la promotion d'un produit ou d'une marque, n'associent-ils pas étroitement leur image - et même leur personne - à la marque en question ?

. Le "No Logo" a beaucoup de partisans. Mais ce mouvement "anti-marques" ne vient que lutter contre un autre, largement plus vaste, qui conduit des millions de gens à arborer fièrement les marques qu'ils ont choisi. Qu'il s'agisse du crocodile Lacoste, de la vague Nike, ou de la pomme Apple, les marques constituent pour beaucoup de gens, à commencer par les adolescents, une partie importante - voire essentielle - de leur identité. On peut le regretter, mais c'est un fait. Ne faut-il pas alors voir une certaine logique, et même une forme d'aboutissement, dans le tatouage de logo ?

. La publicité, en s'immisçant sur le support le plus intime et le plus personnel qui puisse exister, va faire bondir ses opposants. Mais cela ne correspond-t-il pas à une forme de réappropriation de la publicité par l'individu ? Après tout, nous acceptons que tout ce que nous consommons soit utilisé à des fins publicitaires. Pourquoi pas nous ? Et pourquoi ne pas en faire une source de revenus ? En 22 jours, 243 volontaires se sont déjà enregistrés auprès de TatAD pour être les premiers à se faire tatouer, avec à la clé des contrats qui se chiffreront probablement en milliers de $.

. Comment vont réagir les anti-pubs ? Las des gribouillages dans les couloirs du métro, vont-ils agresser les tatoués et biffer leur peau au marqueur ? Et les gouvernements ? Vont-ils interdire le procédé, touchant ainsi à une autre liberté individuelle, qui autorisait jusqu'à présent chacun d'entre nous à faire ce qu'il voulait de sa peau ?

Bref, le tatouage publicitaire est choquant. Mais les questions qu'il soulève méritent d'être posées.

(L'image ci-dessus n'est pas liée à la démarche TatAD. Il s'agit d'une photo représentant le logo des licences libres "Creative Commons", qu'une personne a choisi de se faire tatouer sur le corps. Cette image appartient à Kathryn et est elle-même en reproduction libre, à des fins non commerciales).


Réactions à ce billet :

Ca me rappelle cette opération marketing qu'avait menée Acclaim il y a quelque temps, pour la sortie d'un jeu vidéo de la série "Turok". La société proposait de rémunérer quiconque acceptait d'abandonner son prénom pour le remplacer officiellement par "Turok" (quand je dis officiellement, je veux dire : à l'état civil). Ca se passait en Angleterre, et je crois me souvenir que le concours avait ensuite été étendu aux jeunes parents qui baptiseraient leur bébé d'après le titre du jeu.

C'était également choquant. Apparemment, on peut vendre ou louer son nom, sa peau... Alors pourquoi ne pas passer à la vitesse supérieure ? Concevoir et élever des enfants à des fins exclusivement publicitaires : ça, c'est l'avenir.

par Tom le 16 novembre 2004 à 20:54


Il y a quand même deux différences importantes
- entre tatouer *sa* peau et renommer un *tiers*.
- entre un tatouage qui peut s'enlever (ou de moins se réduire grandement) et un changement de nom à l'État Civil (même si c'est là aussi modifiable, ça génère plus de problèmes).

Sinon, je ne peux m'empêcher, ces derniers temps, de penser à Cyber Age : Après _Démolition Man_ et les réflexions pour modifier la constitution U.S., voici une autre idée intéressante de de ce "sous-genre" qu'est la S-F, en rapport avec l'article

http://www.ifrance.com/gaby-wald/Cyber/06Gens.html#Rsidants

par David Latapie le 16 novembre 2004 à 21:45


Et j'avoue que quand j'ai vu ça, ça m'a fait peur. Qu'on décide de se faire tatouer le logo Nike de plein gré, comme ça, pour rigoler un coup, pourquoi pas... Mais que ça devienne une industrie, là, ça me gêne énormément.
Il y a quelques années, James Cameron avait sorti un feuilleton télé qui s'appelait Black Angel, dans lequel les protagonistes avaient un code barre tatoué à la base du crâne, dans le cou. Étrangement, quand j'ai lu cette nouvelle, c'est l'image que j'ai eu en tête...

par Isabelle le 17 novembre 2004 à 00:00


Certaines parties du corps valent-elles plus cher que d'autres ? Et comment vont réagir les sociétés associées à cette marque dermique si celle-ci est biffée, salie, recouverte de morve ou de crachat par son porteur ? Associée à des conduites que la morale (du capitalisme libéral) réprouve ?
Ces promotags ouvrent un nouvel espace au détournement... dans la lignée, en son temps, du body art.
Qu'ont prévu les corpos pour contrer ce risque ? Procès, effacage du tatoo, remboursement des sommes versées ?

Bref, reste à connaitre les clauses exactes du contrat. Et cela nous confirme que la petite entreprise (de l'homme sandwich) ne connait pas la crise.

par Maxence le 17 novembre 2004 à 13:25


Personnelement je trouve ça choquant.

Les marques c'est éphémère, un tatouage c'est à vie. Oui il y a des techniques pour les effacer mais elles ne sont pas au point, coûteuses et abiment la peau.

Que certaines personnes tatouent le prénom d'une personne, la tête de leur chien, ... elle l'ont fait de leur plein gré et je dirais même plus, elles ont payé pour avoir ce tatouage. Et un tatouage c'est pas donné. Alors dire "on vous paye pour vous faire de la pub", ca va totalement à l'encontre du consentement personnel puisque la motivation est tout a fait différente.

Si c'est pour faire de la pub, j'imagine que si je dis que je le voudrais entre mes deux fesses je risque de ne pas percevoir grand chose puisqu'à moins d'être une star du porno gay je ne risque pas de montrer mes fesses. Donc, le prix dépendra de l'emplacement. En-dessous des bras n'aura pas la même valeur que sur la main. Et à l'heure actuelle, certaines entreprises refusent d'engager du personnel dont les tatouages sont visibles. C'est une question d'image vis-à-vis de la clientèle. Donc, on pénalise à nouveau ces gens qui, on vu dans cette démarche un moyen de faire de l'argent facile.

De manière générale je trouve la pub de plus en plus agressive, harcelante mais là on atteint des sommets de la connerie.

par katsoura le 20 novembre 2004 à 17:55


je suis francais et je voudrais essailler se sistemme de pub

par soun le 21 mars 2005 à 20:56


idem pour moi je recherche des sites français sur ce genre de pub
merci

par alex le 24 mars 2005 à 20:05


c trop laid pourkoi po se faire tatoué Mc do!!!lol

par olivier le 6 juin 2005 à 15:13


Un tatouage pour se faire un peu de blé, pourquoi pas? Chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps... Quant à moi, j'en possède un sur l'épaule depuis maintenant dix ans, et je songe me tatouer encore... mais pas ce genre de truc. Ma pièce sera imaginée par moi et moi seule... Et tant pis pour le blé, et tant mieux pour ceux qui auront franchi le pas de cette drôle et innovente idée...

par Warlockzizi le 3 août 2005 à 20:22



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