En finir avec la chronologie des médias
publié le 22 février 2005 à 14:09 - par Cyril Fievet
dans
medias
Je vous recommande vivement la lecture de ce billet de Mihai Crasneanu, qui reproduit un article publié par lui en janvier dans une revue américaine. Quelques extraits (traduits par moi) :
"Il en a toujours été ainsi : un film est d'abord disponible dans les salles de cinéma, puis en vidéo, puis en Pay Per View (film à la demande) et finalement à la télévision (payante, puis gratuite). En France, vous devez attendre une période - fixée par la loi - de six mois avant que le film sorte en DVD puis trois mois supplémentaires avant sa disponibilité en vidéo à la demande. Pourquoi cela ? Selon à qui vous posez la question, la réponse est différente, entre un studio de production, une chaîne TV, le propriétaire d'une salle de cinéma, ou votre beau-frêre. Mais avant d'obtenir la réponse à votre question, vous trouverez les principaux films sur Internet dès leur sortie en salle, et tous sont téléchargeables peu après la sortie du DVD. Des études ont montré qu'en Grande-Bretagne, la principale motivation pour télécharger un film sur Internet, pour 74% des gens, est de le voir dès sa sortie." [...]
"Le film est devenu un produit si 'désirable' en lui-même qu'il est insupportable d'attendre six mois pour le 'toucher'. [...] Pourquoi ne pas utiliser ce désir pour proposer des alternatives génératrices de revenus ? Pourquoi ne pas permettre aux gens de choisir la manière dont ils veulent regarder un film, au cinéma, sur un DVD, sur leur ordinateur ou à la télévision, en fixant un prix correspondant à chaque canal de diffusion ?"
C'est non seulement plein de bon sens, mais rejoint ce que je pense depuis très longtemps (et aussi ce que je sous-entend ici, en parlant des séries télévisées).
La seule façon de traiter le problème du P2P, dans le domaine du cinéma, est de proposer une véritable alternative légale (ce qui est loin d'être le cas), en distribuant les films - dès leur sortie - sous la forme de téléchargements payants. Franchement, si un nouveau film était immédiatement disponible sur le Net de façon légale, en qualité parfaite et à un prix raisonnable (par exemple le prix d'une place de cinéma), il me semble évident qu'une bonne partie du problème du téléchargement illégal serait résolu (et je serais l'un des premiers clients d'un tel service, assurément).
Mais cela suppose, en France, de remettre totalement en cause ce dispositif stupide totalement dépassé que l'on appelle la "chronologie des médias" et qui impose des délais entre la mise à disposition d'un film sur différents supports, comme l'explique Mihai. Il est grand temps de faire évoluer cette législation franco-française d'un autre âge qui, si l'on continue à s'y accrocher, risque de compromettre la viabilité et la pérennité de cette industrie toute entière, me semble-t-il.
Bonjour,
J'aurais d'abord tendance à vous suivre sur ce point, mais mon approche critique du cinématographe me pousse dans une toute autre direction. En effet, proposer dès sa sortie en salles (voire avant !) les films en téléchargement numérique n'est pas simplement un changement de support, mais bien de nature : d'une logique artistiques, vous glissez assurément vers une logique industrielle.
Un film de cinématographe visionné en DVD ou à la télévision, s'il offre un intérêt majeur sur lequel je ne reviendrai pas (je suis évidemment pour le téléchargement de films anciens), n'est plus la même oeuvre, littéralement, de même que contempler le Radeau de la Méduse en vignette miniature n'a strictement rien à voir avec la vision du tableau lui-même. Le problème est donc bien plus crucial que dans le cas des livres, que le changement de support n'altère qu'en termes de confort de lecture (quoique...), car le mode et la vitesse de défilement de l'image est radicalement différent.
Bien sûr, le développement des projections numériques change encore la donne ; il ne résoud pas pour autant le problème des conditions de visionnage : doit-on céder aux sirènes de la prétendue "demande", ou plutôt garantir aux artistes - car il s'agit bien d'art - et non aux consommateurs, le choix du support privilégié ?
La question est alors : comment endiguer le téléchargement sauvage de copies pirates ?
Néanmoins, cette fameuse "chronologie" des médias, si l'on excepte la sortie en salles, me semble également périmée, même si son abrogation brutale aurait d'énormes conséquences (néfastes ? bénéfiques ?) sur la production cinématographique nationale (et même internationale puisque la France produit de nombreux films étrangers, en particulier asiatiques...).
TH
par Le Transhumain le 23 février 2005 à 13:56
Je serais le second client alors ! N'allant pas au cinéma très souvent (province, enfants, etc...) il y a tout plein de films que j'aurais vraiment aimé voir, mais pour lesquels je devrai vraissemblablement attendre la diffusion télévisée, si elle a lieu. Une possibilité de téléchargement légale, au moment (ou même dans un délais raisonnable, genre 3-4 semaines) pour le prix d'une ou de deux places de cinéma serait la bienvenue ! Mais attention, pas de DRM !
par Talou le 23 février 2005 à 19:17
On est d'accord ;)
http://blog.toutantic.net/index.php?2004/10/26/28-freenews-video-on-demand-cest-pas-gagne
http://blog.toutantic.net/index.php?2004/11/01/35-problematique-de-la-vod-et-de-sa-place-dans-la-chronologie-des-medias
http://blog.toutantic.net/index.php?2004/11/26/60-chronologie-des-medias-ggrrrr
par Aurélien le 6 janvier 2006 à 19:21
