Musique et P2P, le faux débat
publié le 8 février 2005 à 18:45 - par Cyril Fievet
dans
coup de gueule / musique
Il faut reconnaître que le Nouvel Obs a réalisé un joli coup en se présentant subitement comme le porte-parole des adeptes du P2P en France. La pétition lancée il y a quelques jours a déjà recueilli 27.000 signatures. C'est un joli score, d'autant que le texte de "l'appel", intitulé "Libérez l@ musique", tient en quelques lignes :
"A l'heure où des dizaines d'internautes vont bientôt passer en jugement pour avoir téléchargé des fichiers musicaux sur des logiciels P2P, nous dénonçons cette politique répressive et disproportionnée, dont sont victimes quelques boucs émissaires. Comme huit millions de français, au moins, nous avons, nous aussi téléchargé un jour de la musique en ligne et sommes donc des délinquants en puissance. Nous demandons l'arrêt de ces poursuites absurdes. Nous proposons l'ouverture d'un large débat public, impliquant le gouvernement, tous les acteurs de l'industrie musicale, tous les artistes, afin de parvenir à une meilleure défense du droit d’auteur, mais aussi les consommateurs afin de trouver ensemble des réponses équitables et surtout adaptées à leur époque."
Mais je me pose beaucoup de questions sur ce texte, la première étant de savoir de quel "débat" on nous parle.
S'il s'agit d'un débat du type de celui organisé par le même Nouvel Obs hier, sous la forme d'un chat entre les gentils internautes d'un côté et le méchant Hervé Rony, Directeur général du SNEP (Syndicat National de l’Edition Phonographique), de l'autre, j'ai peur que nous n'avancions pas beaucoup.
La lecture de la retranscription de ce "débat", dont je me suis tapé l'intégralité, est en effet tout simplement consternante. Sur la forme, et sans être particulièrement vieux jeu, il me semble étonnant de lire sur le site d'un grand magazine autant de fautes de frappes et de français. Je veux bien qu'il s'agisse d'Internet, d'un chat, etc, mais à une faute par ligne, voire plus, il me semble qu'on est assez proche du "foutage de gueule" (ou à tout le moins, assez éloigné de l'idée que je me fais de la presse en ligne). Mais le plus grave est le fond : les questions des internautes sont quasiment toutes les mêmes, et frappent, c'est selon, par leur fausse naïveté, leur agressivité ou leur bêtise. Les arguments ressortis sont toujours les mêmes (en gros, les CD sont trop chers et les méchantes majors sont méchantes). Au passage, on note l'habituelle mauvaise foi, qui tente de convaincre sur le fait que la musique sur les plates-formes de téléchargement légales est "horriblement chère" ou que les albums y sont "plus chers qu'un CD acheté en grande surface" (ce qui est faux, comme je le disais précédemment).
Mais le pire est sans doute l'absence de proposition et de solution concrète. Et c'est bien ce qui m'inquiète dans le "large débat public" que nous promet le Nouvel Obs et ses signataires. Pour avoir assisté à pas mal de débats sur le sujet, j'ai pu constater qu'il n'y en avait jamais (de débat). Les ayants droits sont campés sur leurs positions et rappellent qu'ils ont la loi pour eux (ce qui est le cas). Les adeptes du P2P, eux, expliquent que la musique gratuite, c'est génial (ce en quoi on ne peut les contredire). Les deux clans sont tellement hermétiques que l'on a l'impression d'assister aux pires moments de politique politicienne (la question du P2P semble d'ailleurs s'être largement politisée ces derniers temps - c'est sans doute un autre problème).
Mais ce que je ne comprend pas, par dessus tout, c'est la difficulté qu'ont les différents acteurs impliqués, qu'il s'agisse d'opposants ou de partisans du P2P, à admettre quelques réalités :
A. La musique ne sera jamais gratuite
. Le P2P est un phénomène passionnant, mais il n'est pas généralisable tel quel, sans quoi il n'y a plus d'industrie musicale, donc plus de musique.
. Le P2P fonctionne parce qu'il constitue une alternative gratuite à quelque chose de payant. Le reste n'est que foutaises. (certes, il m'est arrivé de télécharger illégalement quelques titres parce que je ne les trouvais pas au format CD en magasin, mais ce n'est pas la majorité des cas qui concerne, elles, des titres que j'ai téléchargé pour ne pas avoir à les payer - prétendre le contraire est absurde)
. Les rares propositions (un peu) constructives qui visent à établir des taxes forfaitaires, prélevées par exemple auprès des fournisseurs d'accès, constituent autant de solutions aberrantes. Il me semble d'ailleurs urgent d'arrêter de penser dans ce pays qu'on peut résoudre tous les problèmes avec de nouvelles taxes.
B. Personne n'éradiquera le P2P
. Essayer de le faire est, de surcroît, une erreur majeure.
. Le P2P est une technologie, ayant entraîné différents usages, parmi lesquels seuls certains sont répréhensibles. Le P2P est d'ailleurs devenu un phénomène essentiel de l'Internet d'aujourd'hui, qui dépasse très largement la diffusion musicale.
. La condamnation de quelques internautes, et même la fermeture de sites proposant du téléchargement illégal, n'ont aucun intérêt. Au mieux, le seul effet que cette démarche (dite du "bâton") peut produire est le renforcement des solutions de P2P existantes, vers davantage d'anonymat et de non traçabilité des échanges.
C. L'alternative au P2P existe
. Les plates-formes de téléchargement légales sont l'unique alternative. Et qu'on arrête de diaboliser le DRM ; il n'y a aucune autre solution viable et le DRM est lui aussi, simplement, une technologie, avec laquelle on peut faire de très bonnes choses.
. Ces plates-formes fonctionnent, et fonctionnent même de mieux en mieux. Elles fonctionnent avant tout parce qu'elles offrent un service incomparablement meilleur - plus simple, plus rapide, plus ergonomique et de meilleure qualité - que ne le fait le P2P. C'est ce que soutient Steve Jobs depuis longtemps, et il a raison.
Pour autant, ces plates-formes peuvent être améliorées et doivent l'être très rapidement. Le principe est simple : il faut proposer une meilleur alternative aux internautes que le P2P, ce qui est déjà le cas, sauf sur deux aspects : l'étendue du catalogue et le prix (l'intéropérabilité est également un faux-problème). Ce prix ne sera jamais nul, mais peut être faible car ce mode distribution s'affranchit d'une grande partie des coûts traditionnels (liés aux supports physiques).
Les ayants droits et l'industrie du disque n'ont donc à mon avis que trois choses à faire :
1. Elargir les catalogues disponibles sur les plates-formes légales. Elles peuvent le faire car ça ne coûtera pas grand chose, même et surtout si elles enrichissent les offres actuelles avec des titres qui ne sont plus disponibles au format CD.
2. Baisser le prix de la musique au format fichier. Le prix de 0,99 euro la chanson est un bon prix de départ, mais il doit encore baisser très largement. L'équivalent d'un CD téléchargé ne doit pas excéder 3 à 5 euros dans les deux ans qui viennent.
(Je n'ai pas vraiment d'opinion sur le modèle de la musique en quantité illimitée en échange d'un abonnement mensuel forfaitaire - lui aussi illimité dans le temps -, mais j'ai l'intuition que ce modèle est commercialement voué à l'échec).
3. Soutenir les initiatives qui visent à faire connaître la musique sur le Web. Cela suppose, messieurs les censeurs, de ne pas se tromper de cible. Par exemple, la plupart des MP3 blogs font un travail remarquable et constituent même une nouvelle forme de diffusion (et de marketing) de la musique qui ne saurait être ignorée (et surtout pas interdite).
En faisant cela, l'industrie du disque n'éradiquera pas le P2P (ce qui n'a aucun sens, ni n'est souhaitable), mais elle fera perdre tout son attrait au piratage de musique (pour les films, c'est un autre problème). Et aucun (faux) débat ne sera nécessaire.
J'ai du mal à voir en quoi le (les en fait) DRM sont une bonne chose. Pour le moment ils restent majoritairement logiciels, et on est face à une course en avant pour craquer les protections.
À terme on arrivera peut-être à des DRM hardware, et là j'ai du mal à croire qu'il n'y aura pas quelques abus.
C'est peut-être la seule solution viable pour le moment, mais ça ne veut pas dire que c'est une bonne solution.
par excalin le 8 février 2005 à 19:27
> Et qu'on arrête de diaboliser le DRM ; il n'y a aucune autre solution viable et le DRM est lui aussi, simplement, une technologie, avec laquelle on peut faire de très bonnes choses
Si je vous rejoins sur les points qui feront que la musique en ligne sera un succès (ouverture des catalogues, baissent des prix, et promotion par le web), j'ai en revanche un peut de mal a adhérer à cette "pensé unique" sur le DRM.
Le vinyl n'a jamais été protégé, la K7 non plus, le CD "un peut" (quelque tentative infructueuse en la matière avec en France un procès pour tromperie sur la marchandise contre la FNAC et EMI) pourquoi la musique numérique devrait'elle l'être ? La piraterie ? c'est un faux argument, la musique existait sur le P2P avant les DRM et elle existera toujours après...
Ne tenté pas de faire croire au consommateur que le DRM est une "bonne chose", ce n'est ni plus ni moins qu'un outil pour que les industries logiciels et de l'électronique grand publique (avec l'accord des Majors) mettent un verrou sur le marché de la musique en ligne pour enfermer les consommateurs dans une relation plate-forme/baladeur (le cas ITMS/iPod en est l'exemple flagrant) et au passage récolter quelques royalties sur la distribution.
par Fred le 8 février 2005 à 23:52
Je n'ai toujours pas compris l'intérêt des DRM. S'il s'agit d'empêcher qu'un titre ne se retrouve sur une plateforme de P2P, alors il sont complètement inopérants, certains albums étant disponibles avant même leur sortie. S'il s'agit d'empêcher de donner à un ami un titre légalement acheté, alors il n'ont aucune raison d'être : c'est un comportement qui a toujours existé (depuis l'invention des K7 audio) et qui de plus est compensé par des taxes sur les supports d'enregistrement. S'il s'agit d'empêcher toute interopérabilité et toute compatibilité entre les différents acteurs du marché, de manière à garder captifs leurs clients, alors les DRM prennent tout leur sens. Toutefois, je doute fort que ce soit dans l'intérêt des consommateurs, et il sera difficile de me faire croire qu'il en va de l'intérêt des artistes...
Quant au principe d'une taxe sur l'accès à Internet, l'idée ne me séduit guère. Le ministre Patrick Devedjian lui fait les reproches suivants : "L’autre choix, dont les députés et anciens ministres socialistes et verts ayant signé la pétition du Nouvel Observateur sont les promoteurs, c’est la licence légale. Ce qu’oublient de dire ces élus, c’est que si la licence légale signifie effectivement le téléchargement gratuit, ce qui est séduisant, elle implique aussi la création d’une taxe sur les abonnements à Internet, qui serait redistribuée par on ne sait qui et on ne sait trop comment, afin de financer la création. Je m’oppose fermement à ces idées de taxes sur les nouvelles technologies." (http://news.tf1.fr/news/multimedia/0,,3200456,00.html)
On peut faire trois remarques :
- une taxe sur les nouvelles technologies est une mauvaise idée -> il existe déjà une taxe appliquée aux supports numériques (qui me semblent bien être des nouvelles technoliogies, les baladeurs MP3 n'existant pas il y a 10 ans). Sauf à supprimer la taxe existante, cet argument ne tient pas.
- cette taxe s'appliquerait à tout le monde, partageur ou non -> la taxe existante sur le supports numériques s'applique déjà à tout le monde que le support ait servi à graver le dernier CD de Lorie ou à archiver l'exercice comptable d'une PME quelconque ; qu'il ait servi à stocker de la musique légalement achetée ou à stocker un album illégalement téléchargé. Sauf à supprimer la taxe existante, cet argument ne tient pas non plus.
- cette taxe "serait redistribuée par on ne sait qui et on ne sait trop comment" -> il existe déjà une taxe qui est redistribuée au artistes par la SACEM, suite à de savant calculs dont j'ignore tout mais que le gouvernement se doit de connaitre. Sauf à supprimer la taxe existante, ce dernier argument n'est pas valide.
L'idée d'une taxe sur les abonnements à internet ne me plait pas mais je dois bien reconnaitre qu'elle est cohérente avec les action entreprises par le passé. Pour rester cohérent, il y a donc deux choix possibles : supprimer la taxe créée par la commission Brun-Buisson, ou bien créer une taxe sur l'accès à Internet.
Les plateformes de P2P existent depuis 1999. Il s'agit de logiciels pour la plupart créés par des bénévoles, des "étudiants boutonneux dans leur garage". J'ai du mal à croire que l'industrie musicale soit incapable de faire mieux : meilleure qualité, meilleure vitesse, meilleure interopérabilité. Les sites de vente de musique à l'unité sont des plateformes de marketing très pluissantes. Il est possible d'apprendre les goûts du client et de lui proposer un produit qui y corresponde et qu'il n'aurait pas acheté de lui-même. Il est aussi possible de proposer au client de l'avertir lorsque tel ou tel artiste sort un nouvel album, un nouveau single, passe en tournée près de chez lui... Ces services sont-ils disponibles sur les plateformes légales ?
Il est possible d'écouter des extraits d'un titre avant de l'acheter. J'ai toujours été déçu par ces écoutes : les 30 premières secondes d'un morceau sont rarement représentatives du reste. J'ai vu une bonne initiative je ne sais plus où : l'extrait durait 1m15s, c'est-à-dire 25s au début, 25s au milieu, 25s à la fin. Cela ne peut en aucun cas remplacer un morceau complet (il est donc toujours intéressant de l'acheter) mais cela permet de véritablement se faire ine idée de ce qu'on va acheter. Pourquoi cela ne se généralise-t-il pas à toutes les plateformes de vente de musique en ligne ?
La plupart des plateformes de vente en ligne imposent l'usage de Internet Explorer et de Windows Media Player. Cela pose plusieurs problèmes :
- le client de ces plateformes doit avoir acheté un système d'exploitation dont il n'a pas forcément besoin, son PC fonctionnant très bien avec d'autres systèmes.
- le client doit accepter les licences d'utilisation du système d'exploitation et celle de Windows Media Player. Cette dernière étant pour le moins contestable (http://standblog.org/blog/2004/09/03/93113650-installer-xpsp2-cest-opter-pour-le-drm) on peut comprendre qu'obliger ses clients à l'accepter comme préalable à l'achat de musique sur Internet soit une mauvaise idée.
- imposer l'utilisation d'IE oblige ses clients à utiliser un logiciel dont le CERT recommande de se passer.
- imposer IE à ses clients, c'est réduire l'accessibilité et, par exemple, l'utilisation de lecteurs d'écran. Il y a, sur notre magnifique planète, des gens qui n'ont pas la chance d'avoir une vue normale. Eh bien non seulement il n'y voient rien, mais en plus ils n'ont pas le droit d'écouter de la musique !
L'industrie musicale (n'y a-t-il que moi qui soit choqué par cette association de mots ? ) a attendu 2004 pour créer ses plateformes de vente en ligne en France (contre 1999 pour le P2P). Comment peut-on croire un seul instant qu'après tant de temps et avec les moyens dont cette industrie dispose, ses plateformes soient aussi médiocres ? N'est-ce pas là une preuve évidente de mauvaise volonté ?
Il n'y a, à l'heure actuelle, rien de très séduisant dans l'offre légale de musique en ligne (mise à part sa légalité, bien évidemment), et l'industrie ne doit s'en prendre qu'à elle-même de ne pas avoir su répondre à un besoin de ses clients, et de ne toujours pas arriver à leur proposer un produit qui les séduisent massivement. Dans ces conditions, les procès actuels contre ses propres clients me semblent malvenus et ne peuvent que nuire à son image qui n'avait vraiment pas besoin de cela...
par Guillaume le 9 février 2005 à 02:51
Au passage, il n'y a sur ce blog ni prévisualisation du commentaire, ni documentation sur une éventuelle mise en forme dudit commentaire. Il serait agréable de pouvoir utiliser de telles fonctions.
par Guillaume le 9 février 2005 à 02:55
Guillaume : Merci pour ces précisions sur les taxes. Je suis assez d'accord avec la plupart des tes points, et en particulier sur le fait que l'industrie musicale n'a pas du tout su gérer l'arrivée d'Internet (je vous invite à lire cette courte chronique, datant de fin 1998 ; nous étions déjà nombreux à l'époque à tirer la sonnette d'alarme, et pourtant cette industrie n'a pas pas fait grand chose d'intelligent dans les années suivantes). Mais l'offre légale constitue aujourd'hui une bonne base pour avancer, et il y a de nombreuses voies d'amélioration comme tu le dis.
Fred, excalin : Ce que je veux dire avec le DRM, c'est que c'est une technologie "fourre-tout". On peut en faire ce qu'on veut (et surtout, ce que veulent les usagers). On trouve aujourd'hui des DRM qui me semblent inacceptables (les zones sur les DVD par exemple), d'autres qui sont beaucoup plus "acceptables" (ça ne me dérange pas qu'on limite la copie de ma musique sur 3 ordinateurs car je n'aurai sans doute jamais plus de 3 ordinateurs chez moi, et si c'est le cas, je ne copierai pas ma musique sur tous).
Le DRM n'est donc pas "mauvais" en soi, mais dépend de la façon dont on l'utilise et des règles qu'on y applique. On peut d'ailleurs très bien coupler du DRM avec du P2P, et certains le font.
Le DRM est juste une manière de définir ce qu'on peut faire ou pas avec les fichiers, et il faudra bien le faire, sinon aucun système n'est viable. Ca n'implique pas forcément que le DRM est répressif ou "trop limitatif". On ne peut pas dire que le DRM soit la "meilleure" solution, mais c'est la seule.
Et puis un point n'apparaît pas suffisamment je crois dans ces échanges : le poids des consommateurs. Ce sont eux qui décideront, finalement, de ce qui est "acceptable" ou "viable". Certaines plates-formes légales ne marcheront pas et fermeront. Ca ne sert pas à grand chose de vilipender des constructeurs ou des éditeurs. Seule la sanction du marché - particulièrement concurrentiel ici - a du poids.
par cyril le 9 février 2005 à 08:51
Je propose de préléver chez France Télécom une partie de l'abonnement que le gouvernement a généreusement accepté d'augmenter, pour le redistribuer aux auteurs.
Si on s'abonne à FT, c'est bien pour aller sur Internet et télécharger, non ?
LOL.
par stephane le 9 février 2005 à 10:13
Je suis complètement d'accord sur la plupart des points exposés, mais pas forcément sur le DRM tel qu'il existe aujourd'hui. Le principe de protéger la musique est bon en soi, car il est evident que sans protection l'auteur n'est plus rémunéré (ce que fait le P2P aujourd'hui).
En revanche, je pense qu'un comportement humain n'a pas été pris en compte dans ces propositions : l'écoute avant d'acheter. La FNAC le propose dans ses magasins, certains sites en-ligne aussi mais seulement un extrait passablement mauvais...
Il existe un projet qui va dans ce sens : WEED.
Il propose en effet d'écouter 3 fois le titre puis il demande de le payer pour continuer à l'écouter. Par ailleurs, il encourage la diffusion en rémunérant le diffuseur avec une partie des droits engagés - jusqu'à 3 niveaux.
Plus d'infos : http://www.weedshare.com
On se retrouve dans un modèle économique où tout le monde est gagnant, car je pense que cette méthode permet à terme une diffusion et une sélection plus large des titres, proche du "marketing viral", joli terme pour dire "bouche à oreilles", toujours très efficace.
L'internaute est récompensé pour diffuser la musique qu'il aime, et l'auteur touche toujours ses droits lui permettant de vivre et de continuer à créer... Cette méthode accroit automatiquement l'offre de musique si tout le monde s'y met, car cett offre ne dépend plus d'une ou deux personne chez les distributeurs mais de tout le public.
Je pense que l'avenir de la musique en ligne est là !
par Cyril le 10 février 2005 à 11:26
Oui, tout à fait, d'autant qu'une version française de Weed a vu le jour (dont je parlais ici et dont l'auteur mérite d'être encouragé !).
(NB : le commentaire précédent émane d'un autre Cyril que moi ;-)
par cyril le 10 février 2005 à 11:37
Certes, je n'ai pas fais gaffe dans ma signature... Mais avec un Z. on différenciera mieux le Cyril F. de moi :-)
par Cyril Z. le 10 février 2005 à 12:41
En complément, l'étude dont il y a un résumé sur http://www.open-news.net/article.php3?id_article=25, montre a quel point le copyright protège peu l'artiste. Le statut quo n'est sans doute pas souhaitable
par Fred le 11 février 2005 à 13:16
Pour détourner l'attention d'un individu vers une autre offre, il faut que celle-ci soit plus séduisante que la première. Est-ce que les offres payantes de téléchargement (via sites web) sont suffisemment séduisantes pour attirer les internautes et les détourner du P2P ? Aujourd'hui il faut bien avouer que c'est plus la peur du gendarme qui va opérer plus crument cette migration des internautes du réseau P2P aux réseaux de téléchargement légaux.
Une autre question se pose : pourquoi n'essayons-nous pas de nous intéresser aux motivations profondes qui conduisent au P2P ? En d'autres termes, qu'est ce qui explique l'immense succes du P2P ?
Est-ce seulement une question de finance ? La sensation de "s'enrichir" sans débourser un centime ? Le besoin d'amasser du contenu ? Ou encore, la "jubilation" d'enfraindre les interdits ? Pourquoi faudrait-il seulement considérer le P2P sous un angle "négatif".
Les majors du disque ne tiennent-elles pas avec le P2P un laboratoire extraordinaire pour étudier les comportements de consommation de contenus musicaux. Après tout ce qui fait aujourd'hui leur existence à ces maisons, c'est bien l'utilisateur final... c'est bien de lui que tout part à l'origine ! Et que nous apprend-t-il aujourd'hui de demain ?
Une réflexion de fond est nécessaire... mais tu as raison Cyril, il faudrait d'abord que chacun des parties y mettent de la bonne volonté pour comprendre l'autre car sinon il restera stérile.
Par contre, évacuer tout débat et construire à la hâte une offre concrète, c'est tout aussi inutile si celle-ci n'est pas cîblée en fonction des besoins authentiques de l'utilisateur. C'est la base de tout commerce il me semble. Ces offres traduisent-elles les besoins réels ?
Si un débat il existait, voici ce que serait ma contribution à celui-ci : http://borisperchat.free.fr/blog/index.php?2005/01/14/4-enfant-du-cyberespace
Merci
par Boris Perchat le 14 février 2005 à 12:05
Je suis artiste moi-même depuis quelques années déjà et je n'aurais que deux choses à dire à ce sujet (trop général à mon avis pour être entièrement débattu dans ce petit commentaire "en coup de vent" de ma part). D'autre part, je vous prie de bien vouloir pardonner mon language "châtié", mais c'est un sujet qui me tient particulièrement à coeur (la musique c'est toute ma vie, après tout !)...
1) A quoi exactement servent les majors ? Ils ne redistribuent pas leurs bénéfices aux artistes (puisque c'est la SACEM en france, la SUISA en suisse et d'autres organismes identiques ailleurs) qui le font. Ils ne "promeuvent" que les artistes avec lesquels ils savent qu'ils vont pouvoir se faire "du fric". Or des centaines, voire des milliers de jeunes artistes de talent mériteraient largement d'être "produits". Internet, et sa grande et large diffusion possible, le permet. D'autre part, la grosse part de bénéfs des Majors qu'ils tiraient de la production proprement dite (c'est à dire la partie "promotion" et la partie "production sur support") s'envole avec les P2P. Les artistes eux-mêmes sont-ils lésés ? Je pense qu'ils le sont forcément (puisque leur maigre recette s'envole aussi), mais beaucoup moins. Je pense donc que les artistes seraient un peu moins cons et un peu moins pourris par leur Majors respectives qu'ils réfléchiraient un peu mieux : ils pourraient tous monter leur propre site internet et proposer des moyens de vente ou d'offre de leurs oeuvres pour des prix dérisoires (pour la suisse, la répartition des droits d'auteur est la suivante : 35% pour le producteur du support - ctd la Major, 35% pour l'auteur de l'oeuvre - ctd le groupe ou l'artiste, et 30% de royalties - encore pour la Major). Donc en résumé : sur 20 balles pour un CD, l'artiste en touche 7, et la Major le reste. Faites le calcul, et vous verrez de combien on peut diminuer le prix de vente en ligne... Sans tenir compte du nombre : plus on vend d'albums, moins on doit le vendre cher, puisque c'est affaire d'offre et de demande (je vous rassure, pour moi c'est logique)... Je pense sincèrement que si on proposait (enfin) de se passer COMPLETEMENT des majors pour vendre directement au client final, on économiserait beaucoup de temps, d'argent, et de conneries. Après tout et comme cela a déjà été dit plus haut, la seule différence entre les K7, les CDs et maintenant les MP3 et autres fichiers musicaux, c'est le temps qu'on mets à les copier... De plus en plus vite... ;-)
2) Je suis d'accord avec beaucoup de choses dites plus haut, sauf une : nous devrions TOUJOURS pouvoir disposer de nos propres droits sur la musique. Par exemple, si je décide d'acheter un album de musique, je paie :
- les droits d'auteur sur le CD (support)
- les droits d'auteur sur le prix de vente (royalties incluses dans le prix de vente)
- les droits de production (incluses aussi dans le prix de vente).
De part ce fait, je deviens LEGALEMENT propriétaire dudit support et de ce qu'il contient. Si je décide de jeter le CD par la fenêtre (DON'T TRY THIS AT HOME - MDR) parce que je juge que c'est de la merde, c'est mon droit. J'ai payé ce que je devais pour ça. Et si je décide d'en faire profiter mon cousin qui aime bien ce CD, j'ai également le droit de lui faire une copie dudit support... et de ce qu'il contient. Tant qu'il fait partie du "cercle de la famille et des amis" (extrait de la loi sur les droits d'auteurs suisse - source : contrat SUISA), c'est mon droit le plus absolu. Il en a toujours été ainsi. Quelle différence avec le P2P ? Ben... Euh... Je connais pas tous les gens qui télécharge mon fichier ? Et si demain je décidait de leur en envoyer une copie par courrier ? Ben... Ca deviendrait légal, puisque pour leur envoyer la copie je dois connaître leur nom et leur adresse (donc légalement ils seront considérés comme "faisant partie du cercle de la famille ET DES AMIS"). Donc ce serait légal. Voilà. Maintenant, messieurs les présidents du grand comité de l'académie des bouffons au pouvoir, expliquez-moi ce que vous avez réellement à dire. Que voulez-vous protéger ? Vos intérêts politiques ? Vos intérêts financiers dans les Majors ? Quoi alors ? Vous voulez défendre les auteurs ? Mon cul. Vous en avez rien à faire des auteurs. La preuve ? Que faites-vous pour eux ? Non, décidément, ne comptez pas sur moi pour honorer vos demandes. Je continuerais à télécharger des fichiers musicaux sur internet, et ce tant que les Majors cesseront de proposer les titres qui m'intéressent dès que leur intérêt commercial sera retombé. Je continuerais à télécharger des fichiers musicaux sur internet tant que les Majors se feront payer des villas monstrueuses sur le dos des artistes qu'ils "produisent" alors que ces derniers crèvent la faim (enfin, pas tous non plus...). Je continuerais à télécharger des fichiers musicaux sur internet même si je dois un jour me retrouver à la rue (encore...) parce qu'un pauvre jeune de 13 ans n'aura pas eu les moyens de se payer MES ALBUMS à cause d'une Major et de ses foutues prévisions de revenus. Je continuerais à télécharger des fichiers musicaux sur internet, même si c'est là mon dernier acte "pseudo-politique". Nous vivons tous une vie de merde, tout se casse la gueule, nous n'avons bientôt même plus assez de thunes pour acheter de quoi manger décemment, bientôt plus assez de temps pour vivre ni pour aimer nos enfants, plus assez de moral ou de bonheur en réserve pour composer vos foutues génératrices de revenus, nos chansons. Alors oui, je suis un criminel, oui j'ai vu ce foutu reportage sur la BBC, et oui je continuerais à écouter et à composer de la musique parce que je ne peux pas vivre sans. Mais promis, P2P ou pas, vous n'aurez pas mes droits !!!
par Phoenix225 le 7 juillet 2005 à 05:15
Des taxes ... encore une fois ... celà n'apparait pas très juste en comparaison du commerce générée elle aussi par le net, et la diffusion de sites commerciaux le prouve ... l'industrie commerciale quelle qu'elle soit touche encore plus de clients, par le biais de la communication étendue.
Donc payer des taxes pour avoir la possibilité d'acheter ... je crois que le serpent monetaire va finir par se mordre la queue ...
par htintin le 13 décembre 2005 à 02:51
Vous semblez dire qu'il faut accepter les DRM tels quels, mais c'est là dessus que le débat doit porter.
Car le seul intérêt des DRM aujourd'hui est de renforcer le monopole des industries informatiques sur le commerce de la musique, sans rien apporter ni aux producteurs (dont je suis), ni aux artistes, et encore moins aux consommateurs (pas d'interopérabilité, copie privée limitée). Les DRM aisnique la loi DADVSI dans sa première rédaction ne sont qu'obstacles aux innovations qui pourraient résoudre le conflit que notez entre ayant-droit et utilisateurs du peer to peer.
Les alternatives existent, sans DRM (voir notre site yotanka.net) à bien moins cher que les solutions des majors de l'informatique ou de la musique.
L'idée sous-jacente des DRM, c'est que la musique libre disparaîtra bientôt du net, et qu'il faut s'assurer que toute la musique qui y est diffusée a été achetée. Quel intérêt si on admet comme vous le faites justement qu'on empêchera pas l'existence de formats libres (même si leur mise à disposition sur internet reste illégale).
Soutenez les solutions originales à ce problème qui vous passionne.
par mousse le 22 février 2006 à 14:19
