Le "risque" Blackberry
publié le 23 avril 2005 à 10:39 - par Cyril Fievet
dans
gadgets
Il me semble qu'il y a des choses à redire sur cette dépêche de l'AFP, relative aux risques de sécurité inhérents à l'utilisation des terminaux Blackberry et intitulée "Les spécialistes français de la sécurité 'blackboulent' le Blackberry".
"Les spécialistes français de la sécurité déconseillent fortement aux hauts fonctionnaires et aux cadres l'utilisation du Blackberry, qui permet de recevoir en temps réel leurs e-mails professionnels ou privés sur leur téléphone mobile, en raison de son manque de discrétion."
Soit.
"Lancé en Amérique du Nord en 1999 par la firme canadienne Research In Motion (RIM), puis progressivement en Europe deux ans plus tard, cet appareil un peu plus gros qu'un téléphone portable est apparu en France en 2002, distribué par l'opérateur SFR. Il serait actuellement utilisé par plusieurs milliers de personnes en France, selon ces spécialistes."
Un peu vague, l'expression "plusieurs milliers". Et on aurait pu mentionner que le Blackberry est aussi distribué par Orange, depuis l'année dernière.
"Blackberry, déjà vendu à deux millions de personnes dans le monde, est pour le moment unique sur ce marché."
Trois clics suffisent pour lire dans un communiqué d'il y a trois semaines qu'on compte 2,51 millions d'utilisateurs de Blackberry dans le monde. Bon, on ne va chipoter pour 25% en plus ou en moins dans les chiffres fournis par l'AFP, mais tout de même. Quant à affirmer que cette solution est "unique" sur le marché, je n'en suis vraiment pas sûr.
"Alertés sur des risques de captation de messages ou de données confidentielles transportés par Blackberry, des grands ministères et des groupes français internationaux ont déjà interdit à leurs hauts fonctionnaires ou à leurs cadres d'utiliser ce système dans leurs activités professionnelles."
Ah. Quels ministères, quels groupes français internationaux ?
Sur le fond, je ne défend ni le Blackberry (je n'en possède pas), ni le fait qu'il pose peut-être des problèmes de sécurité. Mais il est toujours étonnant d'admettre que deux millions et demi de personnes - et d'entreprises - dans le monde ont adopté une technologie prétendument aussi "risquée", inconnue il y a trois ans. Et, surtout, je ne suis pas sûr de l'intérêt d'une telle dépêche.
Où est l'info, quelles sont les sources, où sont les liens permettant de se faire une opinion ?
Quels sont les "spécialistes français" sur lesquels on s'appuie (aucun nom cité) ?
Et enfin, le même article ne pourrait-il pas être écrit au sujet de bien d'autres solutions logicielles et matérielles, à commencer par les simples emails ?
J'aime particulièrement cette note. J'ai souvent penser que ceux qui s'étaient donnés pour mission de nous informer et de nous faire voir le monde, c'est à dire les journalistes nous proposaient en fait beaucoup d'approximations et en embrouillant le sujet compliquait notre démarche d'analyse et de compréhension d'un domaine.
Cette dépêche de l'AFP sent particulièrement la manipulation. Je ne veux pas imaginer que l'AFP laisse passer des dépêches aussi inconsistantes.
Où alors pourquoi ?
S'agit-il de dénigrer un concurent, une technologie ?
S'agit-il d'attiser les peurs mais pour quel bénéfice ?
S'agit-il d'un prétexte pour contrecarrer les échanges directs par mail entre acteurs difficilement maîtrisable et revenir à une communication plus traditionnelles, d'échanges respectant les organisations pyramidales avec un agrément par la hiérarchie ?
Le blog est intéressant de ce point de vue, la mise sous contrôle des journalistes. Donner à voir les questions que posent au lecteur la lecture d'un article ou ici d'une dépêche est innovant et devrait changer la relation entre l'auteur et le lecteur.
L'AFP verra-t-elle cette note, répondra-t-elle. Je fais le pari que si elle en avait connaissance elle choisirait de l'ignorer.
Cloisonnement des médias ou arrogance de la grosse structure ?
par Jean-Marc Bondon le 23 avril 2005 à 12:32
Très intéressant d'avoir souligné le vide de cette dépêche. Toujours vague, aucun argument, aucune preuve. Des on-dits, des rumeurs. Aucun travail d'investigation, on se contente de répéter ce qu'on a entendu. Sans bien sûr émettre de réserves, sans citer ses sources, et... sans signer ! (AFP, c'est qui ? quelle personne a écrit ces lignes ?) C'est toujours "on".
Les dépêches d'agences, ce n'est pas du journalisme. Ce sont des ragots.
par Ali Baba le 23 avril 2005 à 20:14
Et encore!
Quand il s'agit de GPL ou de maison "en bois", ça devient carrèment de la désinformation, de la manipulation de faits sortis de leur contexte.
Le BB a bien de la chance...
par Vincent le 26 avril 2005 à 07:51
Curieusement voici ce que je viens de lire sur le sites de Microsoft :
"Microsoft et IBM se lancent à la conquête d'une nouvelle technologie assez particulière nommée Blackberry. .............. Grâce à Microsoft et IBM, tous les matériels (notamment les terminaux de marque RMI ) seront compatibles avec les serveurs de messagerie Microsoft Exchange et Domino. Microsoft profite de cette occasion pour mettre en avant son nouveau produit Microsoft Office Communicator, qui va grandement simplifier la communication écrite de téléphone à téléphone ou de téléphone à PC, pour les futurs terminaux Blackberry. >>
( publication du 22/04/05 http://www.laboratoire-microsoft.org/n/14054/)
Et si tout ce vide n'était qu'une attaque de la mouvance Microsoft pour attaquer RIM et son Blackberry sur leur territoire : la messagerie d’entreprise pour collaborateurs nomades. MS n'est-il pas en train de finaliser "Magneto", la version 2005 de son système d’exploitation pour Windows Mobile.
De simples hasards ?
par corail le 27 avril 2005 à 18:22
L'exemple que vous fournissez n'est pas caricatural : c'est le trait moyen de l'information.
Enseignant les bases de la veille et de l'intelligence économique, je fais réaliser par mes élèves (ingénieurs, commerce) en guise de préambule à l'enseignement l'exercice suivant : prenez une page de votre quotidien/hebdo favori, un marqueur fluo et soulignez tous les termes approximatifs, non sourcés, etc.
Qu'obtenez-vous ? Des pages fluo.
En novlangue, information = communication.
Les médias et les personnes jouent depuis longtemps un rôle de propagateurs diffus et/ou de masse et sont pris dans une méta-logique de dés-, sur-, contre- information, principalement du fait des acteurs politiques et économiques
. Le monde de l'information est soumis à une double contrainte de "production d'information" et de "time-to-market". L'approche normale de qualification de la donnée en information (et éventuellement de sa transformation en renseignement) n'a plus lieu.
De surcroît les stratégies 360° d'émission de l'information de la part des entreprises rendent le travail de recoupement factuel de plus en plus délicat.
La seule posture possible est donc celle du doute et de la recherche de l'intentionnalité.
Comme le disait l'an passé M. Juillet : "le problème (en France) est qu'il y a plus de naïfs que de paranoïaques".
Bien à vous,
par Stephan le 28 avril 2005 à 14:38
