P2P : l'Adami a encore frappé

publié le 24 mai 2005 à 10:16 - par Cyril Fievet
dans coup de gueule / musique

Une nouvelle fois, l'Adami nous gratifie des résultats d'une étude dont elle a le secret, sensée démontrer que la seule solution économiquement viable pour contrer le piratage de musique réside dans l'instauration d'une taxe payée par tous les internautes, en plus de leur forfait d'accès à Internet.

Cette fois-ci, l'étude est un sondage (ici en PDF), réalisé par Ipsos auprès de 1.000 internautes. A première vue, les résultats sont extrêmement clairs : "83% des internautes plébiscitent la proposition d'une redevance sur l'abonnement aux fournisseurs d'accès".

Mais il faut y regarder de plus près, pour constater qu'une fois de plus, l'Adami prend ses désirs pour une réalité.

La question principale du sondage est formulée ainsi :

"Le développement du téléchargement gratuit, entre autres via le peer-to-peer, représente une perte de rémunération pour les artistes-interprètes, les auteurs et les producteurs. Face à cette situation deux types d'actions sont envisageables, avec laquelle de ces deux propositions êtes vous le plus d'accord ? 1. Empêcher les internautes d'effectuer des échanges gratuits, y compris en les poursuivant en justice 2. Autoriser ces échanges en contrepartie d'une redevance sur l'abonnement aux fournisseurs d'accès"

Les bras m'en tombent, et je pense être poli en disant que l'Adami nous prend vraiment pour des cons.

Avec une telle question, fermée et ne proposant que deux choix - dont l'un est la prison - comment s'étonner que la majorité des répondants choisissent l'option 2 ? Et comment, après cela, parler de "plébiscite" pour cette option 2 ?

C'est un peu comme si on demandait aux internautes s'ils préfèrent qu'on leur crève un oeil ou qu'on leur coupe les deux jambes. Probable que la majorité choisirait de garder un oeil. Et l'on pourrait en conclure que "la majorité des internautes plébiscitent le fait de n'avoir qu'un seul oeil" ?

Soyons sérieux.

Le minimum syndical, en termes d'honnêteté intellectuelle, aurait été de rajouter une 3e réponse possible:
soit : "Ne sait pas",
soit, ce qui semblait plus logique : "Acheter sa musique en la téléchargeant au format électronique"

La 2e question du sondage n'est pas tellement mieux. On demande aux internautes quel prix ils seraient prêts à payer si l'on instaurait cette taxe. Le premier choix proposé, "0 euro", contredit la question posée et n'a pas, en toute logique, recueilli beaucoup de suffrages. Sans surprise, la majorité des internautes ont fait le 2e choix, c'est-à-dire la gamme de prix la moins chère dans les choix proposés ("1 à 5 euros").

Un peu comme si on demandait aux gens "On va créer un nouvel impôt. Combien êtes vous prêts à payer ? 100 euros, 1000 euros, 10.000 euros". Je crois avoir une idée, à vue de nez, de la répartition des réponses pour les trois choix. Mais, en l'occurrence, la méthode employée n'empêche pas l'Adami d'effectuer une moyenne des réponses, pour conclure que les internautes "sont prêts à payer 5,20 euros" pour télécharger leur musique, sans que l'on précise de quelle musique il s'agit, dans quelles conditions, etc.

L'existence de plates-formes de téléchargement légales n'est évoqué que succinctement dans ce sondage. On y apprend que près de la moitié des internautes ont déjà visité des sites de téléchargement payants, et que 50% d'entre eux ont trouvé ce qu'ils y cherchaient. Bien d'autres questions plus intéressantes auraient pu être posées, mais j'en retiens pour ma part que le seul problème des plates-formes légales, selon ce sondage, réside dans l'ampleur de leur catalogue - problème qui se résoudra forcément avec le temps.

Si j'étais artiste-interprète, je me soucierais donc davantage du fait qu'un organisme chargé de représenter mes droits fait tout pour que ma musique soit disponible sur les plates-formes de téléchargement légal existantes. Et je m'inquiéterais du fait que ce même organisme continue à essayer de démontrer, avec mauvaise foi, qu'une nouvelle taxe est la solution à tous les problèmes.


Réactions à ce billet :

Les chiffres, de toute façon, on leur fait dire ce qu'on veut.

Par exemple, on additionne le FN, De Villiers, l'extrême-gauche et quelques europhiles idéalistes, et on prétend que ça fait une majorité cohérente, à même de pouvoir renégocier un nouveau texte...

par Ali Baba le 25 mai 2005 à 05:53


Je ne comprends pas pourquoi, les principaux responsables du piratage ne sont pas mis face a leurs responsabilites. Je veux parler des editeurs de logiciel qui propduisent les principaux 'player' (Microsoft, Real et autres.) C'est d'abord a eux de prendre la responsabilite du probleme et d'offrir des modeles de diffusion respectieux des droits. ce sont eux qui tiennent les solutions. On peut, par exemple, imaginer un modele ou les 'player' diffuserait des publicites pour financer l'ecoute de fichiers telecharges...


par Ben le 29 mai 2005 à 18:14