Fatigue

publié le 15 janvier 2006 à 14:52 - par Cyril Fievet
dans perso

Netizen #1 est quasiment bouclé. Ce ne fût pas de la tarte, comme on dit. Et vu que cela s'ajoute à la finalisation d'un livre sur lequel je suis terriblement à la bourre, et à deux ou trois autres activités, j'avoue en avoir un peu trop dans mon assiette.

Le plus fatigant n'est pas forcément le travail que ce type d'entreprises représente, mais tout ce que cela induit en marge, de façon indirecte. Je ne me plains pas, je suis très chanceux en fait. J'ai la chance inouïe de faire ce que j'aime faire, de participer à des projets innovants et ambitieux, de travailler avec des gens remarquables. Et je sais, a fortiori en France, que le simple fait de devenir un peu "visible" ou de faire des choses, d'entreprendre, expose à la critique, fondée ou non.

Mais, tout de même, il est pénible de devoir se coltiner à longueur de journées les abrutis, anonymes le plus souvent, qui semblent pouvoir consacrer une énergie démesurée à vous descendre, à vous mépriser, à vous injurier.

L'affaire du déjeuner chez le ministre est intéressante. Une soixantaine de commentaires à mon billet, la plupart me traînant dans la boue, simplement pour avoir "osé" prendre part à ce déjeuner et l'avoir raconté. Passé l'étonnement initial, je me réjouis de ces commentaires. L'absence de profondeur, d'intelligence, d'esprit d'analyse dont beaucoup d'entre eux témoignent sont en fait bénéfiques. Il me plaît d'avoir, sur mon blog, ces témoignages de la bêtise humaine. Je me gausse de lire dans quatre d'entre eux des références à un "dîner" chez le ministre, semblant démontrer que leurs auteurs n'ont pas pris la peine de lire la première ligne du billet qu'ils commentent. Et l'absence quasi totale de substance me confirme que le débat sur les droits d'auteur n'est ni technique ni économique, mais purement idéologique.

Quand on fait ce que je fais (publier, beaucoup, entreprendre, un peu), les attaques fusent de tous côtés. Insidieuses souvent. Sur tel blog, un rigolo va prétendre que Pointblog le censure et qu'il lui est interdit depuis toujours d'y poster des commentaires. Alors qu'une recherche dans la base du site indique clairement que le personnage en question a déjà posté plusieurs commentaires, qui figurent sur le site en bonne place. Se justifier, veiller, surveiller, se défendre, démontrer.

Ailleurs, on vient de me reprocher de "déformer la réalité de la blogosphère". Fichtre. J'ignorais posséder un tel pouvoir. Serais-je un super-héros mutant qui s'ignore ?

Je pourrais aussi faire une longue liste des noms d'oiseau dont on m'a affublé ces derniers mois. Je ne relèverai que le "gros con" dont on m'a qualifié chez Tristan Nitot il y a quelques jours. Cela ne vient pas de Tristan, bien sûr, mais d'un anonyme, c'est tellement plus simple (et cela doit contribuer à faire progresser le débat, j'imagine). Me faire traiter de con passe encore. Mais de "gros", chez Nitot en plus, faut pas pousser.

Dans ce fatras pavés de mauvaises intentions, il me revient cette citation, de Guitry je crois, que je fais volontiers mienne en la paraphrasant :

"Si tous les imbéciles qui disent du mal de moi savaient ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage."

Bref, tout cela est à la fois étrange et terriblement prévisible. Encore une fois, je ne me plains pas et je reçois aussi, fort heureusement, suffisamment de marques d'estime et d'encouragements pour ne pas me formaliser outre mesure de ces attaques permanentes.

Malgré tout, en lisant cela, en constatant ce manque d'esprit d'analyse, cette absence de débat constructif, ces jalousies, ces petitesses, cette mauvaise foi quasi soviétique par endroits, un doute m'étreint. Et si, finalement, le blog conduisait à ne pas faire émerger le meilleur mais le pire ? Et si, contrairement à ce que j'ai toujours cru - ou voulu croire - le blog n'était-il qu'un puissant vecteur de la pensée unique ? Et si, au fond, il était déjà trop tard pour en faire l'outil bénéfique au débat démocratique et citoyen que beaucoup attendent ? Et si les blogs ne faisaient que reproduire les mêmes schémas, les mêmes systèmes, qu'ils sont en principe censés aider à combattre ? Mais non, il ne peut en être ainsi, ça n'est pas possible. Ce doit juste être la fatigue.


Réactions à ce billet :

Comme je partage tes impressions ...

par pouic le 15 janvier 2006 à 18:02


Je crois que la mesure la plus efficace contre les critiques stupides ou les injures c'est de les ignorer ne surtout pas les faire entrer dans nos conversations. La jeunesse de la blogosphère ne permet pas encore d'instituer cette règle de mépris en dogme et c'est dommage. Un jour peut-être une astuce logicielle nous permettra de classer les commentaires en catégorie et de mettre ainsi dans celle qui convient ceux dont tu parles.

L'auteur d'un blog doit toujours se garder la liberté d'entretenir les conversations qu'il choisi. Les autres n'ont finalement pas d'importance.

En tout état de cause, j'attends Netizen avec une certaine impatience.

par Jean-Marc Bondon le 15 janvier 2006 à 19:40


Même si c'est la fatigue, tes interrogations de fin de billet ne sont pas mauvaises. Un brin pessimistes, sans doute, mais sans ce poser ces questions là, on n'avance pas.
Reste que la réponse est sans doute toujours la même, et que le pire et le meilleur se cotoient toujours.
Sur le point précis de la reproduction des mêmes systèmes, sur les blogs, que dans la vie réelle : j'ai tendance à penser, à quelques réserves près, que c'est globalement vrai.

par Sébastien Bailly le 15 janvier 2006 à 20:27


"Me faire traiter de con passe encore. Mais de "gros", chez Nitot en plus, faut pas pousser."
Je comprends bien que de nombreux commentaires au billet sur le dejeuner au Ministere de la Culture aient pu vous exceder. Mais je ne suis vraiment pas sur que ce genre de petite phrase fasse progresser les choses dans le bon sens.
(si c'est une private joke entre Tristan Nitot et vous ou s'il trouve ca tres drole je retire mon commentaire bien sur...)

Et rendons a Sacha Guitry ce qui lui appartient: "Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage !"

par albatar le 15 janvier 2006 à 22:10


Bonjour, je suis un lecteur régulier de pointblog, mais c'est la première fois que je commente.
C'est juste pour vous encourager à continuer vos activités, sans tenir de ces fatiguantes critiques infondées. Oubliez les raleurs, ne les laisser pas gacher vos réalisations futures. Il y aura toujours des raleurs qui hurleront, surtout anonymement et suivant d'où viens le vent. Ils repartiront comme ils sont arrivés, ou resterons en un arrière plan désagréables, mais ils ne répresentent rien d'intérressant.
Bon courage pour vos travaux en cours.

par Breizhad le 16 janvier 2006 à 08:41


ça devient trop long de lire un texte qui dépasse les 5 lignes alors ils abandonnent, et comme il y a un impératif de dire quelque chose, de se faire entendre, une obligation interieure de participer à une net-conversation qui ne saurait se continuer sans eux, alors ils font semblant d'y comprendre quelque chose, et se laissent aller en oubliant la notion de respect...

la critique est tellement facile, surtout sur un blog, la construction c'est autre chose

bon courage !

par Palpitt le 16 janvier 2006 à 09:34


Pour moi qui suis totalement extérieure à ce "milieu", pas bloggeuse (oh la ringarde...), je trouve toutes ces polémiques bien cruelles, surtout envers une personne que j'apprécie paticulièrement, mais c'est le lot de tous les "milieux", la déception vient surement du fait que l'on (vous) aurait (auriez) surement imaginé que les bolggeurs échapperaient à ce travers. Bises à toi Cyril, je n'y connais rien mais je te défends!

par Clémence le 16 janvier 2006 à 11:22


Tiens, la "blogosphère" découvre les joies de la médiatisation...

par Roger le 16 janvier 2006 à 14:37


Ta conclusion est interessante, je pense que, même si le blog est un outil largement démocratique, le consensus un peu naïf qui se construit autour de la "blogrévolution" pousse à négliger la complexité des enjeux de personnes et de pouvoir qui s'installent doucement mais surement sur le net.

Ne soyons pas dupe : il y aura forcément, à terme, des effets pervers à grande échelle. Sans doute différents de ceux des médias traditionnels, mais tout aussi graves... La bêtise humaine n'a pas dit son dernier mot...

par Guillaume le 16 janvier 2006 à 15:29


Vous posez la question "Et si, finalement, le blog conduisait à ne pas faire émerger le meilleur mais le pire ? Et si, contrairement à ce que j'ai toujours cru - ou voulu croire - le blog n'était-il qu'un puissant vecteur de la pensée unique ? "
En ce qui concerne la reproduction des idées, j'invite les lecteurs de nanoblog à lire le livre de Pascal Jouxtel : "Comment les systèmes pondent" paru aux éditions Le Pommier.
J'en ai fait une présentation sur http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/jan/csp.html

par Christophe le 17 janvier 2006 à 22:50


Bah ! Je ne pense pas que le blog fasse émerger le meilleur ou le pire, il conduit probablement à la même représentation d'intelligence que dans la vie réelle : une courbe de Gauss - centrée selon notre point de vue.

par Souplounite le 17 janvier 2006 à 23:24


Cyril, quand tu écris : "l'absence quasi totale de substance me confirme que le débat sur les droits d'auteur n'est ni technique ni économique, mais purement idéologique"... j'ai une subite envie de te répondre : "ainsi donc tu en doutais..!?" car c'est tout le coeur du problème...

On est dans le champs de la politique... et si idéologie est un mot mal choisi -parce que nous aurions vu mourir l'Histoire (? ...)- alors parlons donc de "vision". Dans la foulée parlons de télévision et de médias ; de communication ; de blogs et de politique. De rationnalités budgétaires aussi - et de misères aussi, populaires - etc.

C'est marabout-de-ficelle-de-cheval tout ça, si l'on va par là, et donc oui bien sûr, tu ne peux pas te contenter d'attendre une bienveillance garantie d'un lectorat paisible, séduit par les prouesses d'échantillonage de la voix des ministres.

Tu ne peux pas décemment considérer que les affaires politiques ne sont qu'affaires de rationnalité - économique ou techno. Et je dis cela sans renier par ailleurs le potentiel de ces dialogues par blogs interposés, et leur potentiel d'influence ; mais là où vous faites justement mousser la cote d'audience de vos publications diverses, en usant d'habiles ficelles marketing (et nul ne vous repproche vos talents d'entrepreneurs) ;

Acceptez donc alors aussi que la critique soit portée sur le fond, c'est à dire sur des décisions politiques et sur tous les jeux d'influences afférents, et en particulier quand vous y participez.

Et plus particulièrement dans le cas de DADVSI, acceptez qu'on réagisse, même incultes, sur ce que nous (nombreux) pressentons comme un enjeu majeur, un véritable changement de paradigme annoncé (rareté 2.0 nous voilà..), quand on réclame que le débat ne soit effectivement "pas de tout repos" pour tout ceux qui s'affichent comme en en étant parties prenantes...

par remi stranx le 18 janvier 2006 à 21:25


Rémi : Il y aurait beaucoup à dire sur votre commentaire... Pour faire simple (et court) : je ne vois pas en quoi il paraît naturel que ce débat se soit porté sur le terrain idéologique. Ni même politique. Ce n'est pas parce qu'un ministre propose une loi que ce débat est de nature politique (et encore moins politicienne). Il s'agit des droits d'auteur, d'oeuvres culturelles, de musique. Bien sûr que sont associés à cela des enjeux considérables. Mais ça n'entraîne pas forcément la politisation du débat, qui me paraît vraiment regrettable.

En parlant d'idéologie, je déplorais des prises de position de principe, avec des gens qui ne parlent pas du fond (les droits d'auteurs, la loi), mais du simple fait de déjeuner ou non avec un ministre, par exemple.

Et rassurez-vous, je ne cherche nullement à "faire mousser la cote d'audience" de mon blog personnel. Je me contrefous de l'audience de ce blog, et je n'ai du reste pas regardé l'évolution du trafic depuis deux mois.

par Cyril Fiévet le 18 janvier 2006 à 22:40


En France, pour une raison mystérieuse que je ne m'expliquerai jamais,

ON HAIT LES ENTREPRENEURS !

C'est comme ça, et malheureusement, ça sera toujours comme ça. Je pourrais écrire un livre sur le sujet, mais pour l'instant je préfère écrire des romans...
Longue vie à Netizen et vive "Le France qui s'éclate".

Thomas

par Thomas Clément le 19 janvier 2006 à 17:28


OUI EN france on deteste les entrepreneur et c est effectivement domage car sans eux il n y a pas de richesse et pas d emploi alors aidez nous!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

par XAVIER le 12 mars 2006 à 14:38


comment faire de la politique non politicienne?
être un peu moins démago, faire un peu moins de populisme, etre moins clentèliste et n être jamais élu car avec tout ca lol être élu serait un miracle.

par XAVIER le 12 mars 2006 à 14:58


la révolte contre le CPE est une preuve de plus que la france et notamment la jeunesse n'a plus confiance en elle.
Il est un peu facile aujourd'hui de prier pour ne pas avoir de précarité car elle est dèjà largement présente avec 7 millions de personnes qui vivent en France en dessous du seuil de pauvreté.
Alors les syndicats feraient mieux de constater l'urgence des réformes car la France n'a plus les moyens de vivre sur le passé et notamment les acquis.
Lutter contre la pauvreté c'est entreprendre et donner l'envie d'entreprendre. C'est aussi redonner à l'école ses lettres de noblesse avec une rigueure perdue au moment de l'interdit d'interdire, de l'impossibilité de dire non à l'enfant. L'enfant roi d'hier est un adulte triste et sans confiance digne d'une enfance ou on lui aurait fait croire que dans la vie le non n'existe pas. Et aujourd'hui cet adulte n'a que le non à la bouche sans en voir les conséquances.
Non à l'europe, NON au patron, NON aux immigrés, NON aux réformes, NON au CPE, NON au voisin bref le NON est plus entendu que le OUI, quelle tristesse de voir le français 'moyen' devenir petit à petit un sauvage individualiste portant la responsabilité de l'état de la france d'aujourd'hui à l'étranger dont on a besoin, à l'Europe sans laquelle nous sommes tout petit, sans réformes obligatoires, sans les autres qui peuvent nous rendrent service.
Une nation se construit par le collectif et par l'échange d'idée.

SVP : n'opposons plus les ouvriers et les patrons, faisons grandir la France ensemble comme l'avais fait certain de gauche et de droite qui avait encore des convictions et qui faisait encore de la politique.

VIVE les entrepreneurs!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

par eva le 28 avril 2006 à 14:17