Lulu

publié le 21 juin 2006 à 09:44 - par Cyril Fievet
dans internet / livres

J'étais invité hier, en compagnie de quelques autres "influenceurs" (lui, lui ou lui, notamment), à rencontrer Bob Young, fondateur du service Lulu. Ce dernier ouvre en France aujourd'hui, deux ans après avoir été créé aux Etats-Unis.

Le service, et la démarche qu'il sous-tend, me semble vraiment intéressants : il s'agit de permettre à tous ceux qui le souhaitent de publier leurs propres livres (de vrais livres, imprimés sur du papier). Les ouvrages sont imprimés à la demande lorsque quelqu'un les achète via le Web. Le système a beaucoup d'avantages, notamment l'absence de stocks et surtout la rémunération des auteurs, qui fixent eux-mêmes le prix de vente et récoltent près de 80% du montant des ventes.

Ayant moi-même publié plusieurs livres auprès de maisons d'édition traditionnelles, je ne peux que souscrire au discours de Bob Young, selon lequel le fonctionnement de l'industrie de l'édition est sinon caduque du moins absurde - et franchement peu motivant quand on ne figure pas dans le gotha de la littérature. Certains de mes livres m'ont rapporté péniblement quelques centaines d'euros et, comme je le disais il y a quelques mois, le fait d'avoir été traduit en plusieurs langues étrangères ne change rien à l'équation.

Le processus d'édition traditionnelle se caractérise par une déperdition de valeur à tous les niveaux d'une chaîne complexe dont l'auteur semble toujours être - et c'est un comble - le maillon faible. Du reste, le principe de Lulu s'inscrit logiquement dans l'évolution à laquelle nous assistons, qui replace l'individu au coeur de la production de contenu - et même d'une nouvelle forme d'économie.

Bref, et même si j'ai plusieurs projets de livres avec des éditeurs classiques, j'avoue avoir très envie de me laisser tenter, et d'expérimenter la publication chez Lulu...


Autres blogs pointant vers ce billet (trackback) :

» Lulu arrive en France sur Canalnubiz
J'avais dj parl ici de Lulu.com. Ce service d'impression la demande et de vente en ligne de livres (entre autres) dbarque en France aujourd'hui et c'est une trs bonne chose. http://www.nanoblog.com/past/2006/06/lulu.htm... [...]

le 21 juin 2006 à 11:49



Réactions à ce billet :

Je suis parfaitement d'accord avec vous l'édition à la demande me semble pleine d'avenir dans la mseire où elle permet l'expression d'auteurs qui sans ce système n'arriveraient jamais à perçer auprès des maisons d'édition classiques.

Comme vous le soulignez, la rentabilité est supérieure et le prodtuit culturel n'y perd rien au change (électronique).

par LUDO le 21 juin 2006 à 11:43


Oui, je crois que le monde artistique est en pleine évolution et que certains rouages du marketing ont grandement besoin de ce genre de changements !
Aujourd'hui, l'avenir de l'édition, c'est le numérique. L'impression à la demande me paraît offrir un très bon compromis entre accepter d'écrire des best-sellers commerciaux, et écrire tout seul dans son coin pour se faire plaisir.

par bregman le 21 juin 2006 à 14:38


Salut,

Mes trackbacks sont en panne, maudit soit tu Movable Type...

Je te laisse l'url en commentaire.

Lulu ou la révolution du milieu de l’édition : l’auteur enfin remis à sa place…
http://www.bozarblog.info/archives/2006/06/lulu_ou_la_revo.html

par François le 21 juin 2006 à 14:39


Hello
On se rappelle tout de meme de l'Editeur 00 h 00, arrivé et parti trop tot sans doute.
M'enfin cette idée est typique Longue Traine et si elle ne rend pas millionnaire des auteurs vendus à qqs exemplaires, elle peut rendre millionnaire l'editeur numerique qui vas collectionner tous les petits laissés pour compte (d'auteur) de l'édition tradi + qqs inconnus qui auront eu un bon buzz pour les révéler. Bravo
Et si j'écrivais ? ;-) (joke rassurez vous)
David

par Wynot le 21 juin 2006 à 16:53


Bonjour,
Précision importante : l'auteur ne perçoit pas 80 % du montant des ventes mais 80 % du montant des bénéfices ce qui est vraiment différent.
Pour les auteurs qui ont la possibilité d'inverstir quelques centaines d'euros (parfois moins de 300 euros, cela dépend de la pagination, du format...), l'auto-édition est une meilleure solution. C'est dans ce cadre qu'imprimermonlivre.com propose une solution d'impression. Et 100 % des bénéfices vont à l'auteur, auncune commission sur les ventes, l'auteur ne paie que l'impression.
Juan
PS : J'éspère que ce commentaire ne passera pour du spam, il s'agit vraiment de proposer une alternative au service de lulu qui est décrit ici.

par Juan le 21 juin 2006 à 21:23


@ Juan : Je ne suis pas vraiment d'accord avec vous. Pour moi, Lulu se distingue des solutions qui existent depuis longtemps et qu'on appelle "publication à compte d'auteur". Dans ce cas, l'auteur commence par payer (vous dites quelques centaines d'euros chez vous, mais c'est souvent plus proche de 1000 euros, voire davantage), avant d'avoir vendu un seul livre.
Je n'ai pas détaillé le fonctionnement et l'aspect financier de Lulu, mais vous avez raison sur le fait que les 80% s'appliquent après déduction des frais techniques (7 ou 8 euros pour un livre sans image de 150 pages). Mais, là encore, l'important est que l'auteur n'a rien à débourser... Ensuite, on pourrait parler de la suite du processus, après l'impression, notamment l'envoi des livres, le paiement en ligne, etc. Je n'ai pas testé Lulu en tant qu'auteur, donc je ne peux juger que sur le principe, mais la solution me semble bien intégrée, et plus intéressante que la publication à compte d'auteur...

par Cyril Fiévet le 21 juin 2006 à 21:45


Cyril> Un plaisir de te croiser (un peu vite). Je rejoins parfaitement ton analyse sur le sujet. L'édition à la demande en ligne n'a rien de nouveau en France. Mais les services et le modèle économique proposé par Lulu n'ont à ma connaissance rien d'équivalent. Et c'est plus que tentant pour un auteur qui sait qu'il a très peu de chances de vendre plus de quelques centaines d'exemplaires dans le circuit traditionnels, et qui ne gagnera de toutes façons pas grand chose même pour 10 ou 20 000 exemplaires, qui constituent déjà un gros succès.

par Sébastien Bailly le 21 juin 2006 à 22:24


Très intéressant de voir ces questions revenir quelques années après et devenir enfin concrètes !
Un billet de Pisani sur l'avenir du livre.
http://pisani.blog.lemonde.fr/pisani/2006/06/plein_de_bonnes.html

par Natacha QS le 22 juin 2006 à 01:46



Un truc m'échappe pour bien comprendre l'affaire.

Ok, ce n'est pas une édition à compte d'auteur puisque l'imprimeur ne fabrique aucun stock -- donc pas de frais ni de risque pour l'auteur.

Mais s'agit-il d'autre chose que d'un service d'impression reliée à la demande ?

Lulu abandonne le rôle classique de l'éditeur (sélection diffusion) mais conserve le rôle d'imprimeur-libraire.

Mais dans ce cas, pourquoi s'adresse-t-il aux auteurs plutôt qu'aux lecteurs qui ont un 'truc' à faire imprimer, sous forme de livre ?

par pierre schweitzer le 22 juin 2006 à 14:22


Pour en savoir plus sur Lulu.com, je trouve intéressant ce témoignage d'Emmanuel Guillot, un auteur français qui a tenté l'aventure :

http://emlguillot.free.fr/pourquoi_lulu.htm

Il est clair qu'il ne s'agit pas d'un éditeur classique, ni d'un éditeur à compte d'auteur, mais d'un partenaire pour l'autoédition et l'impression à la demande.

Au fait, Lulu.com avait déjà l'année dernière une vitrine en français, visant surtout le marché québécois. Il y a un mois ou deux, ils ont signé un partenariat avec une imprimerie en Espagne pour faire imprimer les livres commandés depuis l'Europe via Amazon. Si je comprend bien l'annonce d'aujourd'hui, l'impression en Espagne sera étendue à tous les livres commandés directement sur le site de Lulu.com par des acheteurs en Europe.

par Irène Delse le 22 juin 2006 à 14:44


Cyril: pour info l'auto-édition existe depuis longtemps en France, et elle n'a pas attendu les américains et leur grosse force de frappe médiatique(impressionnant le buzz autour de lulu.com, juste pour la traduction de quelques pages de leur site en français...).

Par exemple: http://www.jepublie.com, qui existe depuis déjà plusieurs années...

par René le 22 juin 2006 à 18:23


Attention : avec jepublie.com et d'autres services d'autoédition en France, l'auteur paye la fabrication (quelques centaines d'Euros en général) avant même d'avoir vendu un seul livre. Alors qu'avec Lulu, l'auteur n'a pas à avancer l'argent. L'entreprise se rémunère par une commission de 20% sur les recettes des ventes.

C'est facile de dénigrer les Américains, mais aussi, pourquoi une entreprise française n'y avait pas songé avant ?

Sinon, je viens de faire un tour sur Lulu.com/fr et le site n'est pas totalement traduit, en partie la partie d'aide à la mise en page. Même les dimensions sont encore en pouces et non en centimètres. Quant à l'impression en Europe, elle n'est pas encore possible si on commande sur le site de Lulu. À suivre.

par Irène Delse le 22 juin 2006 à 18:46


@ René : Pour info aussi, personne n'a jamais prétendu qu'il n'y avait aucun autres services. Mais merci tout de même de lire les billets (et leurs commentaire) avant de commenter... Le service que vous indiquez est *payant* pour les auteurs : par exemple, pour obtenir 20 livres, il faut commencer par débourser 500 euros. Je ne dis pas que c'est un mauvais service, mais l'approche de Lulu est différente, comme je le souligne dans mon commentaire précédent.
Quant au buzz, oui, il y en a. Et alors ? Bob Young a beau être américain, il a à son actif d'autres entreprises à succès (Red Hat par exemple) et il est normal de s'intéresser à ce qu'il a fait par la suite, non ?

par Cyril Fiévet le 22 juin 2006 à 19:33



L'impression à la demande (la vraie) est un défi technique sérieux. Mais Lulu semble utiliser la traditionnelle DocuTech pour réaliser ses tirages. Comment s'y prennent-ils pour réaliser des livres au coup par coup, à ce prix ?

Pour une finition 'hardcover' avec jaquette couleur en format 6 x 9 pouces, le coût de prod annoncé est de 15 USD + 2 centimes / page. Impressionnant ! En finition 'paperback', c'est moins cher mais le site ne dit pas clairement si la couverture est en couleur.

Pour une vraie 'impression à la demande', la variété des formats et des finitions nécessite un réglage de la machine pour chaque tirage. Comment font-ils ?

Malheureusement, on a droit à du dos collé chaque fois (pas de reliure au delà de 64 pages). Dommage, j'ai un seul 'dos collé' made in DocuTech dans ma bibliothèque : il perd ses pages !

par pierre schweitzer le 22 juin 2006 à 21:23


@cyril : Nous ne faisons pas d'édition à compte d'auteur. Nous proposons un service d'impression pour auteurs qui souhaitent s'auto-éditer. Pour moins de 500 euros nous imprimons 100 exemplaires, que nous vous livrons, d'un livre de 150 pages (format 14x20, le A5 est un peu plus cher) avec une couverture quadri à 240g comme celle des livres du commerce, frais de port compris. Combien d'ouvrages avez-vous lulu.com pour ce même livre avec 500 euros ? Un livre de 150 pages peut difficilement être vendu plus de 15 euros, ce sera notre hypothèse... A ce prix là, avec Imprimermonlivre.com l'auteur fait un bénéfice de 10 euros par livre vendu, combien avec lulu ?

Présenté autrement : il lui suffit de vendre un peu plus de 30 livres sur les 100 (34*15=510 euros) pour rentrer dans ses frais. Tout le monde peut bien, parmi sa famille et ses connaissances, trouver 34 personnes qui accepteraient d'acheter le livre... à partir du 35è livre, c'est que du bénéfice, soit un potentiel de 66 livres avec 15 euros de benef par livre vendu. Le "pire" c'est qu'avec notre système le prix de fabrication unitaire baisse si le tirage augmente. Pour le même produit à 200 ex nous sommes à 650 euros ! Soit 44 livres à 15 euros à vendre pour rentrer dans ses frais...

Certes, il faut avancer une somme au départ, mais je peux vous assurer qu'un auteur qui a avancé cet argent, en sachant que c'est lui qui doit faire les efforts de distribution, va se demener pour les vendre ses livres. Et il va bien réussir à en vendre (la preuve, nous réimprimons régulièrement). Avec Lulu.com l'auteur va attendre, en espérant que les gens commandent...

Sur ce, je pars en congés. Je reviendrai lire vos réponses dans 3 semaines !

par Juan le 23 juin 2006 à 17:52



Bonnes vacances, Juan.

À toutes fins utiles, examinez donc un peu la 'longue traine' de Lulu.com. Sur 50.000 titres, 14.000 seulement réalisent un tirage supérieur à 9 exemplaires.

Dès votre retour, pourrez-vous nous expliquer un peu mieux imprimermonlivre.com et ses relations avec Jouve ?

Merci.

par pierre schweitzer le 23 juin 2006 à 18:12


Merci Pierre, pas encore parti du bureau.
Je n'avais pas vu l'info des 14.000 ouvrages tirés à plus de 9 ex (faudrait leur demander de ne pas compter ceux payés par les auteurs eux-mêmes, ce serait pire...). Mais cela va dans le sens de ce que je disais : les auteurs qui passent par lulu ne font pas les efforts nécessaires pour vendre leur ouvrage. C'est trop simple. Dans notre cas les auteurs ont investi leur argent, ils ont les cartons et ils vont les vendre, parfois même dans l'épicerie du village et ça marche ! Avec Lulu le produit n'existe pas et vous êtes obligé de le vendre à un prix unitaire beaucoup trop élevé. Si vous demandez à vos amis d'allez sur lulu.com acheter votre livre, ils ne vont pas le faire, si vous leur montrez votre carton avec les livres ils seront bien plus impressionnés et vous l'achèteront !
Ce que je conseille : se faire payer un premier tirage par les amis à 100 ou 200 ex en fonction de vos relations, avec les exemplaires qu'il vous reste, y aller au culot : en envoyer à des journalistes, aller voir des libraires, leur proposer des séances de signature le samedi matin... il y a plein de choses à faire.

Pour ce qui est de Jouve, Imprimermonlivre.com est un service développé par Jouve pour les particuliers. Jouve étant, à la base, imprimeur depuis plus d'un siècle. L'imprimerie a été créée par M. Jouve qui, paraît-il, ne trouvait pas d'éditeur et qui a donc décidé d'imprimer ses propres ouvrages... Aujourd'hui Jouve est bien plus qu'une imprimerie, mais c'est une autre histoire.
Bon, j'éteins le PC. Et je m'en vais, plus de PC pendant 3 semaines, le choc !

par Juan le 23 juin 2006 à 18:46


Je me pose bien la question depuis des semaines si l'option de Lulu peut produire des livres à bon marché pour les lecteurs africains.Ici,nous sommes prêts à tenter l'aventure mais à la condition que l'ouvrage revienne au lecteur à 8 euro frais de transport compris car le revenu est assez bas sur le continent.Est-ce Possible?si oui,comment.

par Alex le 7 juillet 2006 à 09:49


Dès que j'ai vu le principe de Lulu, j'ai compris que tout y est possible, et surtout la liberté. Le site est loin d'être complètement adapté en français, l'équipe - basée à Londres - y travaille d'arrache-pied. J'apporte au maximum mes remarques au jeune directeur de lulu.com France, Michaël Frappier et j'ai mis en vente mes deux premiers bouquins, testant ainsi les formats européens. Précision : je suis chroniqueuse littéraire...
Pour toute interrogation, envoyez un mail au contact du site, Michaël Frappier vous répondra personnellement.A tout moment, vous pouvez retirer votre oeuvre de lulu. Par exemple , si une masion d'édition , constatant que votre livre se vend bien, veut le reprendre sous son aile ! Eh oui, ça s'est vu. Mais quel intérêt :) Allez, au boulot !

par Annie DAVID le 15 juillet 2006 à 09:54


Je pense que celui qui veut vendre son livre est obligé de toute façon de passer par la case librairie. En effet, les personnes qui achètent les bouquins qu'ils lisent (plutot que de l'emprunter en bibliotheque ou a un copain) ont un rapport sensuel, tactile à l'objet.
Du coup, il faut un nombre minimum d'exemplaires physique à envoyer à la presse, mettre en librairie...

Meme si l'impression est facilitée, le monde du livre reste une jungle ou il est très difficile de vendre beaucoup si on est pas déjà une célébrité.

par Thierry le 19 août 2006 à 15:59