Cher Luc (2)

Une fois de plus, je ne résiste pas au plaisir de t'écrire publiquement, très cher Luc, en réaction à ton dernier billet.

Tu sembles absolument vouloir t'entêter à proposer des "chartes aux blogueurs" et, au passage, à faire vivre ce débat stérile basé sur l'opposition entre blogueurs et journalistes.

J'ai déjà longuement donné mon point de vue sur la question, et je ne compte plus le faire. Il me semblerait utile que tu comprennes que les blogs et, a fortiori, le journalisme dit "participatif et/ou citoyen", n'ont d'intérêt, précisément, que parce qu'ils ne sont régis par aucune charte.

Etre un "blogueur" signifie une chose unique (et simple) : avoir envie de s'exprimer publiquement et le plus librement possible sur les sujets de son choix.

La seule charte qui s'applique en la matière est la loi (celle de notre pays d'abord, celle de la plate-forme de blog utilisée, le cas échéant, ensuite). C'est parfaitement suffisant.

En outre, j'ignore pourquoi, mais l'un des articles de ton projet de "charte" m'a particulièrement amusé :

7. L’auteur ne peut pas être juge et partie : par exemple, on ne peut pas être à la fois l’auteur d’un article et le sujet d’un autre (à l’instar de ces critiques de livres qui sont aussi écrivains et qui se renvoient la balle d’un magazine à l’autre) ;

En effet, ce point me semble très bien illustré aujourd'hui par la page d'accueil du service de blogs de 01Net : ton blog personnel y est actuellement sélectionné en premier dans "le choix de la rédaction".

J'imagine que cela n'est que pure coïncidence, et nullement lié au fait que tu sois Directeur Général Adjoint du Groupe Tests, propriétaire de 01Net. Félicitations, donc, pour cette "sélection".

Amicalement

26 mai 2005 à 17:20 - par Cyril Fievet - dans courrier / medias
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Cher Bucheron

Suite à la publication récente des statistiques de fréquentation de votre blog pour son premier anniversaire, je tenais à vous féliciter publiquement quant à l'excellence de vos résultats.

Au mois de mars dernier, votre blog a enregistré plus de 2,5 millions de pages vues et 286.000 visiteurs. C'est impressionnant autant qu'admirable.

L'évolution de votre trafic est fulgurante. Rien que lors du dernier mois d'août, une période - comme on l'imagine - traditionnellement calme sur le Web, votre site a multiplié son trafic par cinq. La fréquentation de votre blog double environ toutes les six semaines, avec une insolente régularité. Et il vous a fallu à peine plus de huit mois pour atteindre le million de pages vues mensuelles (alors que c'est l'objectif que nous nous sommes fixés pour pointblog.com à horizon fin 2005, soit trois ans après la création du site).

C'est d'autant plus admirable que votre blog n'est crédité par Technorati que d'un maigre "Cosmos" : 110 liens provenant de 59 sources. Soit deux fois moins que moi, avec mon miséricordieux blog personnel. Mais aussi 10 fois moins que les plus "populaires" des blogs francophones (pointblog.com vient pour sa part de dépasser 500 sources et d'autres font encore mieux, hélas). Si j'ajoute qu'en un an, votre blog n'a suscité qu'une quarantaine de trackbacks de la part d'autres blogueurs, votre blog est donc le seul, de tous ceux que je connais, à parvenir à un tel trafic sans pour autant être ni lu ni recommandé massivement par d'autres blogs.

Pourtant, dès janvier dernier, le trafic de votre blog dépassait celui de Tristan Nitot, auteur de l'un des cinq blogs les plus populaires du monde francophone. Et votre trafic ayant doublé depuis, j'imagine que vous culminez désormais, avec plénitude, au sommet de la blogosphère francophone. Votre "record" du 31 mars dernier (172.000 pages vues en une journée) se compare d'ailleurs allègrement aux 180.000 pages vues enregistrées le même jour par Instapundit, l'un des trois blogs les plus populaires au monde, comme vous le savez (gratifié, lui, d'un cosmos de plus de 10.000 blogs par Technorati).

Enfin, votre score est d'autant plus merveilleux que le PageRank de votre blog semble être de 5, soit le même que mon (nano)blog, mais moins que Loïc Lemeur (6), que Pointblog (6) ou que Standblog (7). Vous êtes, là encore, l'un des rares à réussir sans l'appui mécanique de Saint Google, et c'est tout à l'honneur de vos résultats stratosphériques.

Non, vraiment, félicitations pour ces résultats, dont l'un des effets, et non des moindres, est sans doute d'avoir fait de vous un homme riche. D'après mes calculs, basés sur les ratios observés par de nombreux blogueurs, les seuls revenus de vos Google AdSense doivent dépasser 6 ou 7.000 euros par mois, et j'imagine que les multiples autres services d'affiliation que vous utilisez vous permettent de viser sans problème les 10.000 euros/mois. Je ne souhaite bien sûr pas être indélicat en la matière, mais cela fait très probablement de vous le blogueur le mieux rémunéré de France (voire d'Europe et peut-être même de Navarre). Ce n'est pas le moindre des aspects de votre succès - dont je suis, vous l'aurez compris, un peu jaloux.

Certes, les esprits chagrins souligneront qu'il est dommage que vos visiteurs ne commentent pas davantage vos billets. Par exemple, au mois de mars, seuls 49 commentaires ont été postés par vos 286.000 visiteurs (dont certains par vous, mais ne soyons pas tatillons). Seul un visiteur sur 6.000 laisse donc un commentaire sur votre blog, qui affiche du reste trois fois plus de billets que de commentaires. Pardonnez mon impertinence, mais c'est probablement un facteur d'amélioration.

Pour le reste, ne changez rien. Comme l'ont souligné d'autres blogueurs à la plume olympienne, dont la finesse n'a d'égal que la pertinence, vous êtes une "référence" du monde francophone.

Votre ambition d'atteindre le million de visiteurs mensuels est d'ailleurs bien légitime. Comparés à l'indice Médiametrie, vos enthousiasmants résultats situent déjà votre blog dans le Top 30 du Web français, tous sites confondus. Votre objectif revient à vous hisser dans le Top 20, aux côtés du site du Figaro, de celui du Nouvel Observateur ou de Radio France et loin devant ceux des Echos ou de RFI...

Vous pouvez y arriver. Il suffit d'un peu de patience, d'un peu de rêve... et d'un bon outil de gestion de statistiques.

Amicalement

19 avril 2005 à 18:33 - par Cyril Fievet - dans courrier / internet
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Cher Luc

Il me plaît d'imaginer que tu attendais une réponse de ma part à ton dernier billet qui s'en prend, avec une certaine perfidie, à l'entreprise que nous menons, Christophe et moi.

Tu écris en effet :

"Quand on voit un soi-disant magazine d’information sur les blogs financé par une agence de communication, quel que soit le talent épistolaire logorrhéique de son patron, on ne peut qu’être inquiet."

Cette petite phrase qui n'est pas passée inaperçue, comme on pouvait le pressentir, appelle quelques remarques.

Je suis sincèrement désolé que le "soi-disant magazine" dont j'ai le privilège d'être rédacteur en chef soit une source d'inquiétude pour toi. Mais de quelle type d'inquiétude parlons-nous ?

Est-il question d'un souci quant à la transparence du montage, dont les modalités furent exposées en détail dans le premier communiqué de presse envoyé par la société Pointblog (société dont les associés fondateurs et tout ce qu'il convient de savoir sur eux, en particulier leurs profils et leur appartenance éventuelle à d'autres structures, est accessible en deux clics à qui le souhaite) ?

S'agit-il plutôt d'une crainte quant à l'objectivité de notre publication, alors que ni Christophe ni moi, ni aucune autre personne de l'équipe n'est liée à un quelconque vendeur de solutions en rapport de près ou de loin avec l'univers du blog, et que la ligne éditoriale du site concerne bien davantage l'observation d'un phénomène de société que l'actualité relative à des produits commerciaux ?

S'agit-il encore d'une inquiétude relevant du mode de financement de pointblog.com, assuré pour l'instant non par une agence de communication mais, à titre purement personnel, par le patron d'une agence de relations-presse ?

S'agit-il enfin d'une inquiétude plus globale, tenant aux rapports entre l'industrie, la finance et la presse ?

Sur ce dernier point, il est vrai qu'on peut être inquiet.

Par exemple, le Groupe Tests, leader de la presse informatique française, dont tu es Vice-Président et Directeur Général Adjoint si je ne m'abuse, est détenu par Aprovia, une holding qui possède plusieurs groupes de presse, ainsi qu'un groupe dédié à l'organisation d'événements professionnels. Bien loin de moi l'idée qu'il puisse y avoir conflits d'intérêts - ou, pire, une quelconque connivence - entre des groupes de presse et des organisateurs de salons. Et si ces derniers croient bon de préciser que "pour les exposants et les visiteurs, le salon est l'outil de promotion le plus accessible et le plus efficace", il va de soi, je n'en doute pas un instant, que les rapports entretenus par les différentes sociétés du même groupe sont parfaitement étanches.

En revanche, l'inquiétude ne faiblit pas lorsqu'on remonte d'un cran, pour découvrir que Aprovia est elle-même détenue par plusieurs groupes à vocation purement financière. Parmi ceux-ci figurent d'ailleurs le groupe américain Carlyle, dont il n'est sans doute pas utile de rappeler sa proximité avec l'administration Bush ou, au travers de ses innombrables prises de participation dans les domaines militaires, technologiques ou médiatiques, le poids considérable - que certains jugent inquiétant, en effet - qu'il joue sur la scène internationale, de façon plus ou moins occulte.

Cette inquiétude là, oui, est peut-être légitime et je te rejoins volontiers sur ce point.

Il y aurait par ailleurs beaucoup de choses à redire sur le reste de ton billet qui, je le crains, me semble démontrer que tous les mécanismes qui régissent la blogosphère ne te sont pas encore apparus, je crois, dans toute leur profondeur. Au demeurant, je ne suis pas sûr que tes convictions suffisent à justifier des velléités de "donneurs de leçons aux blogueurs".

Amicalement

25 mars 2005 à 20:36 - par Cyril Fievet - dans courrier / medias
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Cher Tristan

Bien qu'ayant toujours eu beaucoup d'estime pour vous, votre blog et votre travail, il me semble difficile de ne pas réagir à la publication de votre dernier billet, tant il me paraît déplacé.

Ne souhaitant pas perturber le cortège d'atermoiements qu'il a suscité sur votre blog, je préfère le faire sur le mien.

N'en déplaise à vos admirateurs, le billet en question est à la fois choquant, absurde et outrageusement manichéen.

Il est choquant car vous y jugez brutalement et sans concession vos contemporains. De quel droit déclamez-vous que ceux qui ne partagent pas votre opinion sont forcément des ignorants ? Ne vous est-il jamais apparu que si TF1 ou Microsoft sont à ce point populaires, c'est aussi parce que bon nombre de leurs clients en apprécient leurs produits, en parfaite connaissance de cause - non pas par simple ignorance, mais par choix ?

Votre billet est également absurde en ce qu'il pratique un amalgame dangereux et superficiel, au goût de pensée unique. Le point de départ de votre diatribe est - si j'ai bien compris - la décision relative aux brevets logiciels. Et vous terminez par les OGM, après avoir écorné au passage MacDo et abordé le réchauffement de la planète et l'exploitation des enfants dans les usines asiatiques. Désolé de le dire un peu crûment, mais c'est franchement n'importe quoi.

Enfin, et c'est peut-être son aspect le plus détestable, votre billet contribue à dessiner les contours d'un monde binaire - au sens "blanc ou noir". Pourriez-vous admettre qu'on peut adorer Firefox et détester Linux ? Ou détester TF1 mais aimer les hamburgers de MacDo ? Ou être fan de logiciels libres et de standards ouverts tout en roulant en 4x4 ? Ou encore vomir George Bush tout en adorant la Star'Ac ?

Votre vision du monde conduit à établir un insupportable carcan, instaurant une dichotomie entre ceux qui "savent" et la vaste masse des "ignorants", comme vous les appelez. Entre les gens "intelligents", qui savent que le libre est ce qu'il y a de mieux et qu'il est indécent de regarder TF1 et d'avoir un 4x4, et les "crétins" qui n'ont pas compris l'ampleur des dangers qui les menacent en utilisant un PC sous Windows.

Ce faisant, en politisant un débat qui n'est pas politique - ou ne devrait pas l'être -, vous semblez définir une "nouvelle élite", prétendument "intellectuello-informaticienne", néo-gauchiste, alter-mondialiste, férue de logiciels "libres" et de standards ouverts et opposée par principe au concept d'entreprise ou de rentabilité.

Le problème de ce discours faussement révolutionnaire est qu'il s'accompagne, je le crains, de forts accents réac'.

Pour ma part, j'en ai marre de ce discours, tout aussi insidieux et stérile que celui des démons que vous voulez combattre. Ce que j'aimais jusqu'à présent dans "logiciel libre", c'est le mot "libre". Libre, comme dans "libre de choisir". Ce que j'appréciais dans les initiatives OpenSource, c'était leur potentiel de complémentarité avec les solutions commerciales traditionnelles, qu'il me semblerait absurde de chercher à éradiquer ou à remplacer systématiquement. Il y a du bon et du moins bon dans tout, y compris dans le logiciel libre.

Mais franchement, quand je vous lis, je crains de ne plus du tout avoir envie de soutenir les initiatives dans le domaine du libre. Car si cette démarche "d'ouverture" doit s'accompagner d'une pareille véhémence, d'une telle arrogance et d'un tel mépris envers ceux qui pensent que le monde n'est pas "noir ou blanc", "totalement pur et désintéressé ou forcément corrompu", elle ne m'intéresse guère.

Tel que vous semblez l'imaginer, ce monde dans lequel on est un abruti si l'on regarde TF1 et si l'on pense que les OGM - ou les DRM, ou les brevets logiciels - ne sont pas forcément mauvais en soi, ce monde-là est fortement intolérant. Et je ne crois pas, hélas, que nous ayons besoin d'une dose supplémentaire d'intolérance. Ce monde, votre monde prétendument "libre", je n'en veux pas.

Non, cher Tristan, l'ignorance n'est pas un bienfait. Mais cette "religion du libre" dont vous semblez vouloir devenir le grand prêtre n'en est pas un non plus.

Bien cordialement


(à toutes fins utiles, je précise que je n'ai ni télévision, ni voiture et que je n'utilise quasiment aucun logiciel Microsoft ; je ne cherche nullement à défendre Microsoft ou d'autres, mais pour autant, je n'interdis à personne d'en penser du bien, ni ne fustige ceux qui le font)

10 mars 2005 à 10:16 - par Cyril Fievet - dans courrier / société
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Cher Oldcola

Ayant constaté par le passé que l'indifférence était préférable à l'indignation ou à la justification, j'ai pour principe de ne pas réagir publiquement aux attaques personnelles dont je fais parfois l'objet.

Ainsi, vous aurez pu constater que je n'ai pas réagi à votre critique de "Blog Story", qui peut se résumer, je crois, au passage suivant :

Si vous vous intéressez aux blogs de près où de loin, et que vous ne pouvez pas vous permettre de lire un ouvrage en anglais, il vous faudra le lire. Je vous le recommande non pas parce qu'il est bon, mais parce qu'il est le seul que je connaisse qui soit francophone et pas mauvais.

De même, je n'ai pas réagi à un autre de vos billets, dans lequel vous vous en prenez à moi au sujet d'un édito publié sur Internet Actu :

Cyril Fievet, le même probablement que celui de Blog Story, publie une de ces assertions qui vous donnent des frissons si vous avez l'habitude de ne pas avaler tout crues les assertions de n'importe qui.

Je suis bien le même Cyril Fievet, en effet (la plupart des gens qui cherchent à faire le lien entre "Blog Story" et Internet Actu se contentent de lire la jaquette au dos du livre, mais bravo pour votre perspicacité). Sur le fond toutefois, je crains que vous n'ayez pas compris le sens de l'opinion que j'exprimais sur Internet Actu, mais passons (d'autres ont réagi à ma place, et je les en remercie).

Enfin, je n'ai pas bronché non plus le lendemain quand, vous faisant l'écho du dossier consacré aux blogs par Libération, vous écriviez :

Le papier d'Alexandre Lévy aurait pu être signé par Cyril Fievet. Ce dernier semble être le maître à penser de A Lévy, qui le cite, le cite et le récite. J'aurais pu me passer de le lire.

Oui, hélas, nous sommes tous amenés à lire des choses que nous aurions pu nous passer de lire. En l'occurrence, l'article d'Alexandre, qui s'étend sur trois colonnes et une demie page du journal, me paraît très bon, bien qu'il comporte, il est vrai, une citation de 23 mots provenant de moi.

Comme vous le voyez, je n'ai pas réagi à tout cela, m'épargnant de futiles querelles.

Toutefois, votre dernière initiative me concernant appelle, elle, une réaction de ma part. Découvrant que vous aviez entrepris de rédiger votre propre livre sur les blogs, magistralement intitulé "Another Blog Story", je me réjouissais par avance de vous lire.

J'avoue ne pas avoir été déçu par les premiers chapitres, dont vous ne verrez pas d'inconvénient, j'en suis sûr, au fait que j'en reproduise quelques extraits :

Avez-vous lu Blog Story de Cyril Fievet et Emily Turrentini ? Moi si ! Et l'envie de le réécrire est plus forte que tout le reste, parce qu'il a beau ne pas être mauvais, ce n'est pas ça encore.

Bravo ! (mais le nom d'Emily est "Turrettini" - moi aussi je me trompe souvent ; il est écrit sur la couverture de Blog Story, pratique, non ?)

Je commence à accumuler une certaine expérience dans le domaine des blogs, je pense que j'ai une 'vision' qui pourrait intéresser d'autres personnes et je prétends pouvoir la transformer en revenu en publiant mes écrits et en me positionnant en expert du domaine.

Là, je vous envie. Moi aussi, j'aimerais bien avoir une 'vision', et pouvoir vivre de mes écrits. J'aimerais bien aussi devenir un "expert" des blogs. Mais le sujet est à ce point complexe que la tâche me semble vouée à l'échec, pour ma part en tout cas.

Le fait de publier le texte ici, avant de le soumettre à un éditeur, est une garantie supplémentaire quant au fait que le contenu soit "indépendant"

Ah bon. Cela ne me semble pas très affable pour les éditeurs. Mais "indépendant" de quoi ou de qui, au fait ?

Je me suis imposé l'exercice de suivre le plan de quelqu'un d'autre

Vous avez bien raison, c'est toujours ça de gagné.

Imaginez un peu le boulot qu'il faudrait abattre si chacun de nous voulait vérifier que la Terre est ronde ! Si on veut pousser la paranoïa un peu loin, il se peut que la NASA nous berne... ! Bon, peut-être pas pour quelque chose d'aussi gros, d'autant plus qu'on savait depuis l'antiquité qu'elle était ronde. Puis on l'a oublié et redécouvert plus tard. Puis aujourd'hui on sait comment s'en rendre compte en observant une éclipse de Lune, à la limite (c'est dans cette limite que je me place d'habitude, ce que je peux vérifier sans dépasser le raisonnable).

J'ignore ce dont vous parlez, mais je tiens à vous confirmer que la Terre est ronde (et qu'elle tourne, en plus !). Mais ne nous égarons pas.

Il est vrai que nous sommes plus complaisants avec les copains, parce que nous les aimons pour l'ensemble de leur personnalité, qu'avec les inconnus. De même, les morts, qui n'ont plus rien à gagner ou à prouver, sont des gens que l'on soupçonne un peu moins que les publicistes bien vivants.

Bon d'accord. Mais que dire des publicistes morts, alors ?

Le blogger moyen est victime de "gourous", pas toujours bien éclairés, ni choisis à bon escient, et nage dans le marketing direct ou viral au moment même où il ouvre son blog !

Je me demande ce qu'il faut entendre par "blogueur moyen", mais pour ma part, j'ai bon espoir de ne pas finir "victime de gourou".

Bref, je pourrais continuer à disséquer votre prose avec une certain délectation, mais je ne voudrais pas donner l'impression de vous avoir volé l'idée. Et surtout, je m'en voudrais de déflorer vos talentueuses analyses. Il me peinerait sincèrement d'en priver vos lecteurs.

Mais je tenais à vous remercier pour votre initiative, dont je dois avouer qu'elle m'a beaucoup amusé. J'ai hâte de lire la suite, et la conclusion de votre premier chapitre, dont le titre est repris de "Blog Story", ne fait qu'accroître mon impatience :

Ainsi, 'ni gourous, ni marketing' est un non-sens que j'espère vous avoir montré qu'il ne mérite pas sa place dans un bouquin sur les blogs. Si ce n'est pour dire que ce n'est pas vrai.

Vous avez bien raison et plein d'autres choses ne méritent pas leur place dans un livre sur les blogs.

Bon courage pour vos neuf autres chapitres, monsieur Oldcola.

22 décembre 2004 à 20:22 - par Cyril Fievet - dans courrier / perso
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Chère Anne

(je reproduis ici un email que j'ai adressé vendredi dernier à Anne Imbert)


Chère Anne,

Je me permets de vous faire part d'une petite opération qui s'est déroulée ces derniers jours dans le monde des blogs, et qui vous concerne.

Plusieurs blogueurs - dont je fais partie - ont en effet estimé que votre article récent consacré aux blogs donnait une vision pour le moins tronquée de ce que sont réellement les blogs.

Ces blogueurs ont décidé d'une petite plaisanterie collective, sans grande ambition, mais destinée à montrer que les blogs peuvent avoir une "petite influence" dans certains domaines.

L'opération a consisté à influer de façon artificielle sur les résultats fournis par Google lors d'une recherche sur votre nom, Anne Imbert. Le but était d'associer votre nom à une page Web donnée, en l'occurrence une page de l'encyclopédie libre Wikipedia donnant une définition factuelle du mot "blog".

Dans le jargon, ce type d'opération s'appelle "Google Bomb", et vise à lier artificiellement des mots à une page Web, même (et surtout) si cette page Web ne contient pas les mots recherchés. Elle a parfaitement fonctionné :

. Avant le démarrage de l'opération, une recherche Google sur l'expression "Anne Imbert" conduisait dans les tous premiers résultats à des liens vers des pages en rapport direct avec votre activité, notamment sur BatiWeb. (capture écran du 11/11/2004)

. Deux jours plus tard, et alors que la Google Bomb n'était suivie que par une poignée de blogueurs, le premier résultat fourni par Google était déjà la page Wikipedia.

. Aujourd'hui, la même recherche conduit à une page sur laquelle *tous* les liens pointent soit vers Wikipedia, soit vers des blogs ayant participé à la "Google Bomb". (capture écran du 19/11/2004)


Il va de soi que tout ceci est temporaire : Google reclasse en permanence et de façon dynamique ses index, et il probable que les résultats reviendront prochainement "à la normale".

Que peut-on conclure de cette petite facétie ?

La première chose est sans doute que les blogueurs sont particulièrement réactifs. Vous l'ignorez peut-être, mais dans les jours qui ont suivi sa publication, votre article a donné lieu à de multiples commentaires, et a suscité un débat passionné dans la blogosphère. On notera d'ailleurs que, contrairement à une idée reçue, l'idée de la "Google Bomb" n'a pas fait l'unanimité parmi les blogueurs, loin s'en faut. On a même vu apparaître des tentatives de "contre-bombe", destinées à modifier le classement des résultats Google dans l'autre sens, sans succès semble-t-il.

La deuxième chose, qui est à mon avis la plus importante, est la capacité des blogs à exercer collectivement une influence sur quelque chose. En l'occurrence, la portée de cette influence était limitée. Mais le modèle est parfaitement reproductible, et c'est du reste ce qui se passe en permanence dans la blogosphère. Celle-ci permet de mesurer l'évolution de tendances, concernant par exemple la popularité d'un livre, d'un produit ou d'une personnalité et, plus globalement, d'observer l'évolution d'une échelle de valeur originale, déduite de l'intérêt des blogueurs pour tel ou tel type d'information. Il existe de multiples outils mesurant ces tendances, notamment aux Etats-Unis. Et même si un blogueur n'a que peu de poids à titre individuel, il participe d'un tout plus global qui, lui, peut exprimer des opinions avec force. Il convient du reste de noter que dans l'affaire qui vous concerne, seuls une dizaine de blogueurs francophones ont participé.

Sur le fond, cette plaisanterie - dénuée de toute méchanceté, soyez-en assurée - visait avant tout, humblement, à vous conduire à reconsidérer votre position.

Les blogueurs ne sont pas des "pirates". Ils ne prétendent pas non plus, dans leur immense majorité, être des journalistes. Etant moi-même journaliste (encarté), je comprend vos réticences. Et les difficultés, contraintes et vertus du journalisme méritent d'être rappelées. Mais il est un point clé qu'il faut également souligner : les blogueurs ne constituent pas un genre "à part", pas plus qu'ils ne sont une catégorie socioprofessionnelle ou une communauté fermée. Au contraire, les blogueurs sont des citoyens comme les autres, qui ont simplement choisi de s'exprimer en ligne de façon régulière. Il existe toutes sortes de blogs, sur tous les thèmes imaginables, certains excellents, d'autres très mauvais, et il existe des blogueurs de tous âges et de toutes nationalités.

Le phénomène est donc riche et complexe et il nous appartient - à nous journalistes au premier chef - d'essayer de le comprendre en profondeur.

Bien cordialement

***

Anne m'a répondu ce matin, et je l'en remercie. Voici sa réponse (publiée ici avec son accord) :

Dans le monde du journalisme, la liberté d'expression est un sujet sur lequel nous sommes tous particulièrement concernés. Les seules remarques que je peux continuer à faire, et qui me confirme dans mon opinion, c'est:

1) le départ de cette "plaisanterie" est venue d'un vendeur de logiciel (ou est la défense d'idée et celle d'interet économique)
2) elle est pour moi assimilable à une forme de "dictature intellectuelle" car si on ne pense pas comme vous, (alors que vous le dites vous même, vous êtes une petite minorité), vous attaquez !
3) je n'ai pas de problème d'image ni d'égo, mon travail est reconnu dans mon secteur, et que mon nom soit associé à une autre page ne me pose pas de problème. pour trouver cette bombe, il faut vouloir chercher Anne Imbert ! et qui le fait ???

Relativisons tout cela ! les journalistes que nous sommes n'ont qu'un rôle celui de rendre intelligent nos lecteurs en leur donnant les clefs de la compréhension d'un problème et ensuite de faire naitre la polémique. Et vu la réaction de la presse papier (article dans la tribune, dans le télérama de la semaine prochaine, etc) qui m'ont défendu, j'arrive à trouver très drôle que cette bombe se soit finalement retournée contre les bloggeurs. En effet, ils ont tous réagis à cette attaque sur le seul point que vous aviez oublié "notre liberté de penser différement" ! certains ne sont pas d'accord avec moi, et me l'ont écrit, mais en revanche, ils sont unanimes et n'ont pas accepté votre réaction !

Cordialement

22 novembre 2004 à 22:00 - par Cyril Fievet - dans courrier / internet
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Cher Karl

(Karl est à ma connaissance le premier blogueur à avoir exprimé une opinion largement négative au sujet de "Blog Story". Son blog ne permettant pas de laisser de commentaire (décidément...), je le fais par courrier-blogué interposé.)


Cher Karl, donc,

Il me faut avouer que ton billet relatif à "Blog Story" ne m'a pas tellement surpris. J'ai cru noter de ta part, depuis la sortie du livre, plusieurs tentatives pour en critiquer la démarche, ou minimiser sa portée (si tant est que ce livre puisse en avoir une). Et il me semble de plus en plus clair que nous ne nous rejoignons que rarement, sur plusieurs sujets de fond.

Si les éloges font toujours plaisir, une critique négative de la part d'un lecteur ne laisse jamais indifférent et comme tu le vois, je n'hésite pas à en faire publicité ici. Ne pas avoir apprécié "Blog Story" est ton droit le plus strict, et c'est tout à ton honneur d'avoir choisi d'écrire au sujet du livre plutôt que d'en occulter l'existence.

Permets moi toutefois d'apporter quelques commentaires à ta critique :

"J'ai profité d'une escapade à Rouen pour feuilleter pendant 30 minutes le livre de Cyril Fievet et Emily Turrettini, Blog Story."

Je dois bien avouer qu'il m'est très désagréable de penser qu'un lecteur puisse se faire en 30 minutes une opinion d'un livre de 310 pages que nous avons mis plusieurs mois à écrire. Disons que cela fait partie de l'ingratitude du travail d'auteur. Permets-moi d'espérer qu'une lecture plus approfondie t'aurait davantage convaincu.

"le livre est mal écrit dans sa prose"

Oui, c'est l'un de mes problèmes. J'aimerai avoir le talent d'un Montherland ou d'un Flaubert. Mais ce n'est pas le cas. Le talent stylistique ne s'apprend pas, comme tu le sais. C'est la raison pour laquelle, dans mes écrits, je privilégie le fond sur la forme.

"Je regrette l'orientation très chef d'entreprises, dents blanches, bronzage 'pizbin'. Cela donne envie de vômir parfois."

Je regrette pour ma part, sincèrement, que "Blog Story" ait pu susciter chez toi une envie de vomir. A ma connaissance, tu es le seul lecteur dans ce cas. Si les symptômes persistaient, je ne saurais trop te recommander de consulter ton praticien, mais également de cesser de lire d'autres livres en rapport avec le sujet. Car, que tu le veuille on non, le blogging n'est plus l'apanage de quelques pionniers formant un "club" très select, mais bien un phénomène planétaire auquel tout le monde peut (et va, je crois) participer.
J'ignore à quoi tu fais réellement allusion avec les "dents blanches" et le "bronzage", mais j'imagine que c'est une attaque à peine déguisée contre Loïc Le Meur. J'ai bien l'impression aussi que ce que tu vomis réellement, ce sont les chefs d'entreprise en général. C'est sans doute l'une des différences essentielles entre nous deux.

"Dans ma lecture rapide, j'ai relevé deux énormes coquilles"

Ah, voyons cela.

"En page 78, il est dit que les carnets Web ont émergé au Japon en 2003. Faux."

Ce n'est pas tout à fait ce qui est dit page 78. Nous disons juste que les outils de blogging (au sens habituel du terme) en version japonaise ont été introduits en 2003, et qu'ils ont connu un fort succès. Il existait très probablement d'autres outils auparavant, au Japon et ailleurs, pour s'exprimer sur le Web. Mais personne n'appelait ça des blogs. Pas plus que les pages perso qui fleurissaient en France il y a quelques années, et dont certaines s'apparentaient bien à des blogs. Mais là encore, tu sembles attaquer Typepad qui, ne t'en déplaise, semble s'imposer comme un des leaders sur le marché des outils de blogs.

"La seconde coquille en page 170 est encore plus savoureuse. Les réunions de Yulblog à Montréal ont commencé en… octobre 2003"

Je m'étonne franchement de ta lecture. La page 170 comporte la phrase "A Montreal, les rencontres de blogueurs ont lieu tous les premiers mercredi du mois depuis octobre 2003". Cela ne signifie nullement que Yulblog a démarré en 2003, et je n'ignore pas, merci, que la démarche avait été initiée auparavant. Simplement, mais corriges-moi si je me trompe, les réunions de blogueurs ne sont devenues mensuelles qu'en octobre 2003 (et se déroulaient irrégulièrement auparavant). Ce qui est exactement ce qui est écrit.

Les deux "énormes" coquilles que tu crois avoir relevées n'en sont donc pas réellement. Malgré notre attention et de multiples relectures, des coquilles peuvent toujours se glisser dans un texte qui comporte des centaines de dates et d'URL. Mais l'excès de zèle, qui conduit un lecteur à chercher avec avidité des coquilles aussi insignifiantes soient-elles, conduit parfois à une forme de désinformation.


Globalement, j'aurais adoré lire une (bonne) critique négative de ta part, qui soit argumentée, passionnée et justifiée. Mais en l'état ton billet me paraît juste être d'une surprenante médiocrité.

Amicalement

14 novembre 2004 à 17:49 - par Cyril Fievet - dans courrier / perso
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Chère Maïa

Chère Maïa, donc

Votre billet relatif à "Blog Story" n'est pas seulement amusant, il est aussi merveilleusement naïf. Vous me permettrez d'y répondre en détail ici, votre blog n'autorisant pas la publication de commentaires :

Quand j'ai ouvert mon blog c'était pour proposer des textes gratuits à mes lecteurs.

Vous avez bien fait. Néanmoins, il me semble percevoir, dès la 2ème ligne de la page d'accueil de votre blog, que vous envisagez également qu'il vous serve à vendre vos autres écrits. C'est bien légitime, et cela confirme ce que je disais précédemment : il y a bien deux modes d'écriture et de diffusion des écrits, non pas concurrents mais complémentaires.

L'idée, c'était de donner du plaisir à des inconnus complets, tous les jours, de m'y investir, mais GRATUITEMENT. C'est mon petit côté utopique qui parle, hein. Mais j'avais l'impression qu'on était des milliers à penser pareil.

Oui, nous sommes mêmes des millions je pense. Et pour ma part, c'est ce que je fais depuis une dizaine d'années. Outre deux blogs dont j'assure la publication quotidienne, en espérant également "donner du plaisir" (ou, sinon, de l'information), j'ai créé et animé plusieurs dizaines de publications en ligne et gratuites, dont le tout premier magazine 100% électronique du Web francophone. C'était il y a bien longtemps. Vous aviez alors 16 ans, je crois, et il est probable que la problématique des "modèles économiques émergents en matière de publication électronique" ne figurait pas en tête de vos préoccupations. Mais c'était le cas pour d'autres.

Le premier livre sur les blogs est en vente pour 100 balles en librairie. Il a été écrit en wiki. En un clic on aurait tous pu le lire, GRATUITEMENT.

Non, précisément non. Si vous aviez pu le lire "gratuitement en un clic", cela n'aurait été ni le même objet, ni le même contenu. Et ce contenu n'aurait pas été accessible à ceux qui ne souhaitent pas (ou ne peuvent pas) lire des livres sur un ordinateur.

Je ne vais pas hurler à la récup' mercantile d'un phénomène gratuit,

C'est gentil. Le monde n'a sans doute pas besoin de hurlements supplémentaires. Mais j'aime à croire que votre naïveté ne vous pousse pas à conclure que le blogging, simplement parce qu'il est un phénomène spontané, repose sur des fondements "gratuits". Les panneaux publicitaires qui encombrent votre blog en témoignent, à leur façon, je crois.

parce que je n'ai pas eu le truc en main,

C'est dommage. Car si vous aviez eu le "truc" en main, vous auriez pu constater que votre blog - dont je suis l'un des lecteurs réguliers - y figure en bonne place.
Mais il va de soi que je ne saurais vous en imposer l'achat, ni même la lecture. Ayant pour ma part, depuis quelque temps déjà, l'intention de lire vos ouvrages, que diriez-vous de l'idée d'un échange (de livres et de bons procédés) : "Le pire est avenir" contre "Blog Story" ?

mais le concept me fait le même effet que si les altermondialistes achetaient des espaces publicitaires polluants dans le métro. Pas de quoi se foutre à plat ventre, donc.

Je passerai sur le fait que pour ma part, l'aspect le plus polluant du métro ne provient certainement pas des espaces publicitaires qui s'y trouvent, hélas. Mais je vous accorde que le modeste ouvrage que j'ai coécrit n'a (surtout) pas la prétention de mettre quiconque à plat ventre.

Au plaisir de vous lire, et même de vous rencontrer

4 octobre 2004 à 17:50 - par Cyril Fievet - dans courrier / perso
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