L’intelligence artificielle entre opportunités et risques : Acemoglu, Bengio et les enjeux mondiaux
Les enjeux économiques et sociaux de l’intelligence artificielle Lors d’une conférence organisée à Montréal par l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG UQAM) et Mila – Institut québécois d’intelligence artificielle, le prix Nobel d’économie 2024 Daron Acemoglu a souligné l’importance d’adopter une approche proactive
Les enjeux économiques et sociaux de l’intelligence artificielle
Lors d’une conférence organisée à Montréal par l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG UQAM) et Mila – Institut québécois d’intelligence artificielle, le prix Nobel d’économie 2024 Daron Acemoglu a souligné l’importance d’adopter une approche proactive face aux effets économiques et sociaux de l’intelligence artificielle. Acemoglu a évoqué la désinformation potentielle, mais aussi le risque de pertes d’emplois pour les travailleurs, en particulier dans les postes de cols blancs. Il a souligné qu’auparavant, l’automatisation affectait surtout les cols bleus, mais avec l’IA, cette dynamique pourrait changer, transférant d’éventuelles pertes d’emploi vers des diplômés universitaires, qui pourraient remplacer des travailleurs moins éduqués, assumant ainsi une partie importante du fardeau.
Les deux experts, Acemoglu et Yoshua Bengio, spécialiste en IA, ont exprimé leur inquiétude concernant la formation de la relève technique. Selon eux, remplacer par l’IA le travail mécanique des jeunes employés pourrait entraîner des gains de productivité à court terme, mais limiter la formation de nouveaux travailleurs expérimentés à long terme. Bengio a illustré cette problématique en évoquant comment l’IA le rend plus efficace en recherche. Toutefois, il reste sceptique quant à la croissance exponentielle de la demande en énergie pour soutenir les centres de données, soulignant que cette hausse pourrait devenir insoutenable, impactant l’environnement et le coût de l’énergie pour la société dans son ensemble.
La concentration du pouvoir dans le secteur technologique
Le fondateur de Mila a également alerté sur la concentration du pouvoir économique et politique dans le secteur technologique. Il a mentionné que la capitalisation des géants comme Google, Meta ou Nvidia dépasse aujourd’hui de plus de 100 fois celle de Standard Oil en 1911, illustrant à quel point ces entreprises ont un pouvoir considérable. Bengio a mis en garde contre la domination des modèles généralistes, lesquels favorisent la concentration du marché entre quelques acteurs majeurs, principalement aux États-Unis et en Chine. Il a aussi averti que cette centralisation pourrait entraîner une concentration des profits dans ces deux pays, menaçant particulièrement les économies comme le Canada, qui pourraient se faire dépasser par des géants étrangers.
Impacts environnementaux et sociaux
Enfin, Bengio a souligné que la croissance de la demande en énergie des centres de traitement de l’IA ne peut pas continuer indéfiniment. La consommation croissante de combustibles fossiles pour alimenter ces centres, ainsi que le risque d’une incapacité future à produire suffisamment d’énergie, soulèvent des préoccupations environnementales et sociales majeures. La hausse du coût de l’énergie pourrait pénaliser davantage les citoyens, sans que les profits de l’IA leur profitent directement.