Valérie Peugeot décortique le nouveau Conseil national de l’Intelligence Artificielle et du Numérique : Entre espoirs et défis
Le renouveau du Conseil national de l’Intelligence Artificielle et du Numérique Le Conseil national du numérique, créé en 2011 pour favoriser le dialogue entre le secteur des nouvelles technologies et le gouvernement, vient de se transformer en Conseil national de l’Intelligence Artificielle et du Numérique (CIAN). Cette évolution, officialisée lors
Le renouveau du Conseil national de l’Intelligence Artificielle et du Numérique
Le Conseil national du numérique, créé en 2011 pour favoriser le dialogue entre le secteur des nouvelles technologies et le gouvernement, vient de se transformer en Conseil national de l’Intelligence Artificielle et du Numérique (CIAN). Cette évolution, officialisée lors d’un lancement à Bercy par la ministre déléguée Clara Chappaz, reflète l’importance croissante de l’intelligence artificielle (IA) dans les politiques publiques. Le conseil, désormais composé de 15 membres dont des personnalités qualifiées et des parlementaires, est co-présidé par Anne Bouverot, envoyée spéciale pour l’Élysée au sommet IA de Paris, et Guillaume Poupard, ancien directeur général de l’ANSSI.
Une vocation démocratique et indépendante saluée
Valérie Peugeot, professeure affiliée à Sciences Po et ancienne vice-présidente du Conseil national du numérique, souligne la vocation du nouveau conseil à enrichir le débat démocratique, ouvrir de nouvelles pistes et servir d’espace de veille et d’analyse. L’accent est mis sur son indépendance, son ouverture et sa liberté de ton, essentielles pour un dialogue fructueux entre les acteurs publics et privés. La coordination renforcée avec d’autres instances comme le CESE et le Commissariat à la stratégie et au Plan annonce une gouvernance prometteuse.
Des membres clés apportant expertise et diversité
La présence de Guillaume Poupard est particulièrement saluée pour son engagement en faveur de la protection des libertés publiques, tandis que Sébastien Soriano apporte une vision innovante de la transformation numérique de l’État, notamment par son soutien aux partenariats publics communs. Constance Rivière, ancienne secrétaire générale du Défenseur des droits, incarne la défense des droits face aux exclusions numériques, et la représentation des collectivités locales renforce la proximité avec les citoyens.
Des déséquilibres et absences notables
Malgré ces points positifs, Valérie Peugeot déplore une surreprésentation du secteur privé, même si certains profils, comme Anne Bouverot, combinent expériences publiques et privées. Plus critique encore, elle pointe une large absence des chercheurs en sciences sociales du numérique, indispensables pour une analyse critique et multidimensionnelle de l’IA. Le conseil apparaît ainsi trop technocentré, manquant d’une voix scientifique apte à confronter les perspectives industrielles par des regards empiriques et sociaux.
L’urgence d’intégrer les questions environnementales et d’inclusion
Les questions environnementales, bien que mentionnées, restent peu intégrées à la feuille de route, alors qu’elles constituent une problématique centrale pour la soutenabilité du numérique. Valérie Peugeot insiste sur la nécessité de relier l’usage du numérique à la méta-question environnementale. Par ailleurs, l’inclusion numérique, bien que représentée par Emmaüs Connect, reste fragile face aux récentes menaces sur le financement des maisons France services, essentielles pour accompagner les publics éloignés du numérique.
Un regard tourné vers l’Europe et le futur
Enfin, Valérie Peugeot appelle à une vision européenne du conseil, indispensable face aux enjeux d’autonomie stratégique en matière d’IA et de numérique. Elle espère que le conseil pourra impulser une approche audacieuse à l’échelle du continent, dépassant une perspective trop franco-centrée.
En somme, ce nouveau Conseil national de l’Intelligence Artificielle et du Numérique suscite espoirs et interrogations. Sa réussite dépendra de sa capacité à diversifier ses expertises, à intégrer pleinement les dimensions sociales et environnementales, et à s’inscrire dans une dynamique européenne, pour répondre aux défis complexes que pose l’intelligence artificielle aujourd’hui.
Article basé sur l’entretien avec Valérie Peugeot publié par Éric Chaverou.