P2P : le livre blanc de l'Adami

publié le 14 décembre 2004 à 11:02 - par Cyril Fievet
dans musique

L'Adami, un organisme qui gère les droits des artistes et interprètes, a publié la semaine dernière un livre blanc (ici en PDF) consacré au P2P.

Ce document de travail a pour but de réfléchir au problème, et présente d'une part un panorama complet de la question (étendue du P2P, statistiques) et des pistes de réflexion pour y apporter des solutions.

Parmi tous les organismes représentant les ayants-droits, l'Adami est assurément l'un des plus mesurés à l'endroit du P2P, et ce document n'est pas inutile, là ou d'autres se contentent de répéter inlassablement - et bêtement - qu'il faut éradiquer le P2P.

Mais à l'inverse, il me semble que l'organisme, en s'opposant aux solutions de téléchargement légales de la musique, adopte une position délicate. Et surtout, plusieurs choses m'ont choquées dans ce livre blanc, qui me semble parfois être à la limite de la désinformation.

Page 14, le document dresse un panorama de quelques offres disponibles en matière de distribution de musique au format électronique, et présente un tableau exposant "les limites des offres payantes". Je ne cherche pas à défendre iTunes, mais il se trouve que j'en suis utilisateur depuis son introduction en France, et j'ai donc passé les arguments de l'Adami au filtre de ma propre expérience :

"L’hétérogénéité et la complexité de l’offre : pas de prix unique, formules d’abonnement complexes"

Pas vraiment. Sur iTunes, toutes les chansons sont au prix unitaire de 0,99 euro, et il n'existe pas de formule d'abonnement. Difficile de faire plus simple, d'autant qu'une fois l'identifiant de l'utilisateur stocké, on achète un morceau (ou un album complet) en un seul clic.

"Les problèmes d’interopérabilité : les technologies dites DRM (Digital Right Management) nuisent à la facile et libre utilisation des fichiers."

C'est sans doute un point délicat, source de débats nourris. Mais en l'occurrence, je n'ai aucun problème avec ça. Je peux copier la musique sur mes deux ordinateurs, la graver sur CD, ou la mettre sur mon iPod. A l'usage, aucune limite gênante.

"Des catalogues limités : 400 000 titres en moyenne contre 900 000 pour Kazaa."

Oui, et 700.000 sur iTunes.

"Des prix peu attractifs face à la gratuité : au prix unitaire de 0.99 €, un album de 15 titres revient à 15 € soit quasiment le même prix qu’en magasin."

Totalement faux. La majorité des albums vendus sur iTunes sont au prix de 9,90 euros pièce.
Prenons des exemples. Sur iTunes, on trouve 21 albums du groupe "The Cure". Sur les 21, presque tous sont à 9,90 euros. Un seul est à plus de 10 euros et trois sont à moins de 8 euros. Les mêmes albums, vendus au format CD, par exemple sur Amazon France, sont quasiment tous à plus de 20 euros pièce. C'est en particulier le cas des deux albums les plus connus du groupe, "Pornography" et "Faith", vendus chacun 7,92 euros sur iTunes, et 21 euros sur Amazon. Et ces CD sont encore plus chers à la Fnac (22,41 euros pièce), soit pas loin de trois fois leur prix au format électronique sur iTunes.
On peut reproduire les exemples à l'infini ("Geometry of Love", avant-dernier album de Jean-Michel Jarre, est vendu 7,92 euros sur iTunes contre 22,71 euros en CD sur la Fnac), et on constatera que la musique est quasiment toujours largement moins chère au format électronique qu'au format CD.

"Des moteurs de recherche peu pertinents : des artistes sont introuvables. Ex : les Beatles, J.J.Goldmann."

Le fait que certains artistes soient introuvables n'a rien à voir avec la qualité des moteurs de recherche (celui de iTunes, et des autres plates-formes, j'imagine, fonctionne très bien). Et tout le monde sait très bien, à commencer par l'Adami j'en suis sûr, que si les Beatles ne figurent pas au catalogue iTunes, c'est en raison d'un différend juridique qui les oppose à Apple.

Une page est par ailleurs consacrée à la non interopérabilité des plates-formes, jugée comme "un frein au développement". J'en ai déjà parlé, et je ne crois toujours pas que ce soit un réel problème.

Bref. Si je suis bien d'accord pour dire qu'il y a des choses à améliorer sur les plates-formes de distribution de musique au format électronique, y compris sur iTunes, il ne me semble pas nécessaire de faire preuve de mauvaise foi pour convaincre le public de leurs côtés négatifs.


Réactions à ce billet :

Ce qui est formidable après la lecture d'une telle critique, c'est qu'on n'a plus du tout envie de lire le rapport ou de croire une seule seconde à ce qu'il pourra nous dire. Plouff...

par Julien le 14 décembre 2004 à 14:40


Bien joué Cyril !!!

Et que propose l'Adami si les offres comme iTunes ne leur vont pas ?

par stephane le 15 décembre 2004 à 08:49


Malgré tout, il n'est pas inutile de lire ce rapport, qui est en principe un "support de travail". L'Adami est tout de même bien plus ouvert que d'autres en matière de P2P...

par cyril le 15 décembre 2004 à 09:23


c'est une belle critique avec l'appui de faits concrets.
Pour ma part, la prochaine évolution souhaitable pour la distribution de musique au format électronique serait la location pdt une durée limité d'un morceau de musique pour un coup minime...
Nous pourrions écouter un titre pour une soirée par exemple.

par vince le 15 décembre 2004 à 11:13


""Les problèmes d’interopérabilité : les technologies dites DRM (Digital Right Management) nuisent a la facile et libre utilisation des fichiers."

C'est sans doute un point délicat, source de débats nourris. Mais en l'occurrence, je n'ai aucun problème avec ça."

Tant mieux pour vous, personnellement j'ai mon ordinateur sous GNU/Linux, quel moyen ai-je pour lire des fichiers protégés par DRM ? Aucun.

D'autant plus que les DRM sont une hérésie d'un point de vue technique, il sera toujours possible de copier un fichier protéger à partir du moment où on peut le lire, ne serait-ce qu'en utilisant la sortie numérique d'une carte son (et une entrée numérique pour réenregistrer).

En ce qui concerne la non interopérabilité, j'accepterai votre jugement le jour où les vendeurs de musique déclareront eux même qu'ils ont effectivement choisi un modèle non interopérable, et ce n'est pas encore le cas. Il suffit de voir les exemples de la FNAC, qui décrit sur son site comment contourner les protections des fichiers musicaux qu'elle vend, ou encore RealNetwork qui simule le DRM d'Apple... tout ça pour quoi ? pour être interopérable. Les vendeurs n'ont pas envie que l'on ne puisse lire ce qu'ils vendent que sur un support précis (à part Apple à la limite, puisque c'est eux qui pour l'instant on le baladeur qui se vend le mieux, permettez moi de douter que ça ne changerait pas si la situation évoluait) parce que cela réduirait leurs ventes. Tant qu'ils ne l'accepteront pas, je ne risque pas de l'accepter.

par Aiua le 15 décembre 2004 à 16:30


http://mymusic.typepad.com/my_music/2004/12/victor_davies_i.html

Je vous invite à lire cette note contenant des chiffres très intéressants sur les offres légales en ligne. :-)

par Boyd le 15 décembre 2004 à 23:03



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